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Interview d'Emmanuel Fialik sur Völkerball

Le DVD Völkerball sort enfin dans les bacs le 17 novembre, après plusieurs retards. Pourquoi la sortie a-t-elle été retardée si longtemps ?

À l'origine, nous voulions sortir le DVD pour les fêtes de Noël l’année dernière, mais nous n’avons pas réussi, en raison de l’abondance de contenu du DVD. Alors comme date suivante, nous nous étions fixés mars 2006. Nous pensions être prêts, et avoir fait le plus gros du travail. Mais quand nous nous sommes attelés au packaging du DVD, nous nous sommes retrouvés face à un problème. Il nous manquait un artwork et un titre qui nous conviennent. À l’origine le DVD devait s’appeler « Los! », mais les opinions des membres du groupe divergeaient, et ceux-ci se trouvaient déjà loin les uns des autres. Personnellement, je préférais, de même que certains membres du groupe, le nom « Völkerball ». Lorsque les discussions s’établissaient avec le groupe à l’aide des téléphones, fax, et e-mails de chacun, et que nous recevions après des semaines, des quatre coins du monde, les avis nécessaires, un certain temps s’était déjà écoulé. L’été arrivait, et on ne publie en général jamais rien à cette période, mais c’est là que l’idée nous est venue de faire une édition limitée avec un livre. Nous ne sommes arrivés que lentement à des vraies décisions, et avons même profité des vacances, pendant lesquelles le groupe s’est réuni d’urgence. Ça a été un processus lent mais très fructueux.

Maintenant, Völkerball nous entraîne dans le souvenir du Reise, Reise Tour. Cependant, aucun concert allemand n’est présent sur le DVD. Pourquoi cela ?

Les concerts allemands les plus représentatifs auraient été ceux du Wuhlheide de Berlin, mais ces concerts avaient déjà été choisis pour être ceux du DVD Live aus Berlin de 1999. Les plus grands concerts allemands du Reise, Reise Tour ont eu lieu au début de la tournée (au Vélodrome, en décembre, ndlr), et nous étions complètement occupés à autre chose à ce moment-là, donc nous ne pouvions pas enregistrer de DVD. Nous avons entrepris plus tard une tentative sérieuse, à savoir Scheeßel pendant l'Hurricane Festival, mais là quelque chose s’est mal passé, et malheureusement, les prises de son ont été complètement ratées. Maintenant, nous aurions pu combiner les images existantes avec les pistes audio d’autres concerts, mais rien n’aurait paru authentique. Ainsi, nous nous sommes prononcés, au final, contre un concert allemand, parce qu'il y avait déjà eu le « Live aus Berlin ». Nous aurions aussi volontiers montré davantage de concerts en Angleterre ou au Japon, mais Nîmes était trop impressionnant, même si pour des raisons budgétaires, le concert n’a presqu'été filmé qu’avec des caméras numériques. Nous aurions volontiers filmé le show de Paris, mais nous n’étions malheureusement pas sûrs de pouvoir réaliser tous les effets pyrotechniques. Nîmes était aussi la dernière chance pour un bon enregistrement. Et c'était aussi le dernier show de la tournée (l’avant dernier en fait, ndlr).

Tu sembles extrêmement préoccupé par le fait que le groupe apparaisse sous son meilleur jour. Dans quelle mesure le montage du DVD a-t-il été problématique ?

Ca a été extrêmement difficile, car au début il y avait comme de l’éclectisme. J'avais un concert de club au Japon, une scène de théâtre à Brixton qui ne convient pas bien pour Rammstein, les mauvais enregistrements de Scheeßel, et une salle gigantesque à Birmingham. Parce que Rammstein jouait pour la première fois là-bas, le public s'est comporté comme lors de nos débuts. Les fans étaient plus à surveiller qu'à participer. Cela ne fonctionnait malheureusement pas du tout lors de la transposition en vidéo, de sorte que nous n’avons pu utiliser que différentes vues en coupe dans le concert de Nîmes. À Nîmes, c’est vraiment là que nous avons eu les plus mauvaises conditions d’enregistrement à cause du mistral. C'est un vent qui se produit particulièrement dans cette région du sud de la France, et c'est pourquoi il y a des limitations strictes pour le festival. Par exemple, nous n'avons pas pu suspendre de backdrop qui aurait permis au vent de s’y engouffrer, comme à l’intérieur d’une voile. Du fait que c’était une scène déjà installée , nous n’avons pas pu installer la totalité du matériel, ce qui a eu une influence sur le jeu de lumière, entre autres. C’est pourquoi nous avons dû travailler avec des prises de vues d’autres concerts. Mais ce qui a été vraiment le plus dur à transposer, c’est le public. À Nîmes, la notion d’authenticité passait par l’atmosphère et le public, à retransmettre à 100%.

Aux concerts que vous avez filmés, as-tu remarqué, que les membres du groupe étaient nerveux à cause de la présence des caméras ?

Le problème est toujours le même : mélanger l’audio et la vidéo, car Rammstein, c'est avant tout des musiciens. Quand on dit à des musiciens qu’ils sont filmés, ils sont fréquemment freinés sur scène, comme enracinés, parce qu’ils veulent que la musique soit la meilleure. Au final, le résultat est médiocre, car l'énergie qui constitue normalement un show live n’est pas au rendez-vous. Nous avions déjà essayé cela pour le Live aus Berlin, ainsi qu’enregistrer le groupe sans public. Toutefois, lorsqu'un musicien n'a pas de public, il ne joue que pour lui-même. Les prises audio perdent alors l'énergie typique d'un concert live. Pour le Reise, Reise Tour à Brixton, nous avons enregistré des prises de vues trois jours de suite. Les deux premiers soirs, le groupe a souhaité ne pas être filmé pour le troisième. Et le troisième a été le meilleur. Lorsque les caméras sont présentes, le groupe réagit totalement différemment. Flake souvent ne montre aucun changement. Cela a aussi ses désavantages car, du coup, il joue différemment chaque soir, et c’est ensuite difficile de monter des images de soirs différents entre elles. Paul et Richard sont au contraire très conscients que les caméras sont là, et Schneider reste concentré, car il doit jouer vite, et s'investit beaucoup sur la précision de ses gestes.

Quelle image du groupe voulez-vous donner avec Völkerball ?

Compte tenu du titre, nous voulions aussi présenter le public. Porter un regard sur les fans de Rammstein, et montrer la scène sous un autre visage. Le plus important est, bien sûr, le groupe qui joue sur la scène, mais pour moi il est également important de voir que le public est présent, ce qui manque à la plupart des DVDs. Quand je regarde une vieille vidéo du groupe au RockPalast, je vois toujours ce qui se passe sur la scène, mais trop rarement le public. On perd alors l’atmosphère. Avec Völkerball, on voit des gens du monde entier, et on voit leurs réactions. C’est aussi ce qui émane du livre, présent dans l’édition limitée. Le photographe Frédéric Batier a fait d’excellentes photos de personnes exprimant de l'adoration, de l'enthousiasme, de l'épuisement, de l'humilité, en un mot tous les sentiments possibles. Il y a également de la mélancolie sur beaucoup de photos. Völkerball est un peu pour nous le Live aus Berlin, mais transposé au monde entier. Le DVD montre comment différents publics peuvent paraître.

Tu réunis les fonctions de manager et producteur. Quel regard as-tu eu sur le groupe pendant la production de Völkerball ?

La tâche de manager classique serait de faire l’intermédiaire avec la maison de disques. Alors, je verrais le résultat final et déciderais, si les désirs du groupe ont été exaucés et parlerait si besoin est, avec les intéressés. Mais pendant la production du DVD, je voyais le groupe d’un autre regard, j’avais une autre mission.

Quelles scènes te plaisent le plus, en tant que producteur sur Völkerball dans son intégralité ?

J'ai simplement trop souvent vu les images pour ne pas être influencé. Dans les documentaires, il y a les attitudes étonnantes qui transparaissent. Je m’en réjouis. Olli Riedel raconte, par exemple qu'il croit pouvoir diriger mentalement le canot pneumatique avec lequel il nage sur les gens. J’aime Olli pour ces mots. Elle résume sa volonté et son sérieux. Ce sont principalement des choses très affectueuses, dont on ne peut que se réjouir après douze années de coopération. Par exemple, les sourires de Paul et Richard pendant le concert de Nîmes. Ce sont des fractions de secondes qui apportent beaucoup à Völkerball.

Si le DVD sera enfin disponible le 17 Novembre en magasin, les prochains projets de Rammstein se dessinent probablement déjà. Pour faire court, que se passera-t-il l’année prochaine avec Rammstein ?

J’espère que nous pourrons parler après la première rencontre en janvier, d'une tournée. Nous voulons rattraper la tournée Sud-américaine qui a été supprimée à cause de la maladie de Flake. J’aimerais aussi profiter de cette tournée pour que la production du prochain album commence. Ce n’est cependant qu’un souhait personnel. Si nous étions amenés à jouer en Europe, il faudrait présenter un nouveau show, qui n’est, pour le moment, pas du tout mis en place. Nous pouvons cependant jouer avec la scène du Reise, Reise Tour en Amérique du Sud. Un ou deux festivals sont peut-être également envisageables.

Même en Europe ?

Oui, ce serait toutefois presque trop précipité. Nous avons des invitations, mais il faudrait que nous annoncions d’ici décembre ou janvier, si nous voulons jouer ou pas. Sinon, Rammstein commencera en 2007 son nouvel album, qui verra probablement le jour en 2008

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