Logic : Interview de Richard Kruspe
Logic, processus créatifs et tarte aux fraises
Nous rencontrons Richard Kruspe, un dimanche ( celui qui, aux côtés de Paul Landers, s’occupe de l’incomparable « mur de guitare ») dans un café, quelque part sur le « Prenzlauer Berg », au cœur de l’Est de Berlin. Malgré le fait que le groupe travaille jour et nuit au studio et que Richard ait joué pendant des heures la veille, il a l’air tout à fait frais et reposé.
Etre différent et penser différemment – voilà un garant de succès important pour le groupe. Richard voit ici des parallèles entre le groupe Rammstein et Apple, car « Apple montre au monde de la musique comment emprunter d’autres chemins »
Le premier ordinateur Apple de Richard était un Perform 5200 de la première Power Mac Generation avec le système de fonctionnement system 7. Tout a pourtant commencé avec Atari et Cubase. Par la suite, il a changé pour Apple Hardware, tout en continuant à utiliser Protools pour l’audio, et Cubase pour Midi,- il a synchronisé les programmes et les a utilisés parallèlement. » C’était une catastrophe, très compliqué et ça n’a jamais marché », se souvient Richard. « Malgré tout », poursuit Richard, « c’était un principe qui existait depuis longtemps. J’avais peur de changer pour Logic ». Cependant, les possibilités avec Logic étaient déjà énormes à l’époque et c’est ainsi que le groupe a changé finalement pour Logic et l’a conservé jusqu’à aujourd’hui car « les musiciens veulent faire de la musique et ne pas s’occuper éternellement de technique trop compliquée. La structure claire du programme nous arrange car nous avançons nous-mêmes d’une manière très planifiée. C’est l’art et la manière de faire de la musique ». Selon Richard, un travail exclusivement sur ordinateur ne laisserait pas assez de place au côté émotionnel, les échanges de points de vue entre nous en répétition manqueraient. Pour la production du quatrième album, le groupe s’est décidé pour l’ambiance de salle de répétition. Chaque membre du groupe apporte sa contribution personnelle pour les chansons. Par la création en commun en répétition, la force du groupe a pu se cristalliser. En dehors de Berlin, Rammstein a produit ses albums dans les plus grands studios d’Espagne, de Belgique,de Hollande et de Suède. La condition préalable pour l’équipement du studio est de disposer d’ordinateurs Apple avec Protools Hardware ainsi que Logic Pro.
Rammstein n’est pas une voie en sens unique.
Et comment est le set up sur scène ?
Là, on travaille avec huit pistes. Deux systèmes Logic synchronisés sont utilisés en direct. Un système sert ainsi en tant que backup. Christian Flake Lorenz, le claviériste, utilise un Power book pour les sons joués en direct. Comme Rammstein part en tournée partout dans le monde, on essaie – malgré une technique de scène sophistiquée - de garder un équipement performant et compact. Les racks actuels qui contiennent la technique d’ordinateur sont échangés contre deux powerbooks. »
Alors que Richard philosophe avec nous des grandes et petites choses de la vie, nous en arrivons à parler du « être autrement » et des thèmes des chansons qui – « autrement que chez les autres » - sont mystiques et traitent du « pouvoir sombre ».
« A partir du moment où tu es différent, des peurs apparaissent, lesquelles mènent vite aux préjugés. Alors les gens ne veulent plus écouter ». Richard fait une courte pause avant de citer Oscar Wilde : « quand les critiques ont des avis partagés, l’artiste est en accord avec lui-même ».
Rammstein aime bien que le contenu de ses chansons soit compris comme « thèmes psychologiques ayant un sens profond et exerçant sur chacun une plus ou moins grande fascination ». Richard est gêné par le fait que « tous parlent toujours seulement des belles choses. Les thèmes traitant de l’abîme de l’humanité font partie également de celle-ci et ont le droit d’être exprimés ».
Ce sont des poèmes musicaux qui – quand on les écoute avec attention – offrent un espace de jeu insoupçonné au niveau de l’interprétation . Pour Richard, il est important de souligner que Rammstein n’est pas une voie en sens unique et « chacun doit retirer sa propre histoire des chansons ». Oui, en effet, ils sont sombres et, par moments, ils sont fascinants dans leur façon d’être effrayants. Ils plongent l’auditeur dans un envoûtement plein de mystères. N’est-ce pas ce genre de sentiments que les poèmes des grands penseurs et poètes allemands suscitent chez nous ? Prenons, par exemple, le célèbre Erklönig de Goethe « Wer reitet so spät… ». Rammstein a réussi à reprendre ce thème dans son quatrième album dans la chanson « Dalai lama » et à en faire une œuvre tout à fait personnelle et nouvelle. La chanson « Amerika », qui peut être comprise comme un persiflage légèrement provocant, est comparée d’une façon tout à fait lapidaire à une tarte à la fraise : « J’adore la tarte à la fraise. Vraiment. Mais quand j’en mange trop, j’ai mal au cœur ». Richard peut en juger très justement car, finalement, il vit aux USA.
Quels sont les prochains projets de Rammstein ?
En ce moment, ils travaillent sur un DVD live de leur dernière tournée. Le plus grand souhait de Richard est de voir un jour Rammstein jouer dans un film de science-fiction. Mais pour le moment il n’y a pas encore de scénario.
Quand on questionne Richard sur ses projets et souhaits personnels, il a des idées tout à fait concrètes : « Avec Rammstein – après la nomination aux Grammy 1999 – recevoir une fois dans la vie un Grammy et jouer au Madison Square Garden à New-York . » Son projet n°1 pour 2006 est cependant de trouver enfin un hobby.
Les heures dans cet agréable café du Prenzlauer Berg sont passées sans qu’on s’en rende compte. Devant nous est assis un musicien ouvert et profond duquel nous pourrions apprendre encore beaucoup. Alors que nous prenons congé, il nous promet de nous rendre visite lors de son prochain passage à Hambourg pour manger une soupe aux pommes de terre – au dessert, il y aura de la tarte aux fraises.
A propos de la création des chansons.
Comment échangez-vous vos idées pour les chansons ? Comment sont-elles composées ?
Nous apprenons que les répétitions ont parfois lieu sans le chanteur Till Lindemann.
Richard : « Il est fréquent que chaque idée que l'on apporte soit d’emblée rejetée, sans pitié. Dans ce cas, il faut être blindé car ton bébé est anéanti… Till écrit ses textes quand la musique a fini d’être composée – ses poèmes sont accrochés aux murs de la salle de répétition, et ensemble, avec tous les membres du groupe, la chanson s’élabore pièce par pièce, c’est-à-dire que le refrain et les couplets ne sont pas du tout définis dans une première étape.
Le producteur Jakob Hellner, qui a déjà produit le groupe Clawfinger, a une grande importance dans la création des chansons. Il est suédois et il reçoit la voix unique du chanteur comme un instrument – le fait qu’il ne comprenne pas le texte allemand l’aide plutôt dans son travail. Il veille à ce que le chant soit traité d’une manière très rythmique. Ce que Jakob Hellner apprécie particulièrement, c’est le phrasé du chanteur, c’est-à-dire la rythmique dans la diction des mots.
Richard dit de Jakob : « J’estime beaucoup son travail en tant que producteur. Il perçoit ce dont tu es capable et il sait comment sortir le maximum de toi sans pour autant vouloir le déformer. Il travaille ne profondeur et est capable d’entendre ce que personne d’autre n’entendra, ce que je n’entends pas moi non plus… »
Du fait que Jakob ne comprenne pas les textes, il peut se concentrer sur les sons et il entend la musique comme un tout. Cet avantage contribue au succès international de Rammstein.