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Interview de Christoph Schneider et Till Lindemann

Benzin & nitroglycérine

Un an seulement après le multiplatine Reise,Reise, Rammstein ressort l’artillerie lourde avec Rosenrot qui explosera au grand jour le 24 octobre. Avec le single « Benzin » en éclaireur, ce 5ème album va encore faire très mal, comme le laissent augurer les 9 titres que nous avons déjà entendus.

Lundi 5 septembre, 9 h30. Rendez-vous place de la Bastille pour faire connaissance avec le nouveau son de Rammstein, au gré d’une petite visite touristique. Pour la sortie prochaine de Rosenrot, certains journalistes privilégiés étaient en fait invités à parcourir Paris dans un bus aux couleurs du groupe, tout en écoutant en exclusivité des extraits de l’album. Une fois la balade terminée,on descend vers les quais de la seine pour retrouver le groupe sur la péniche rouge du Batofar, encadrée par un cordon de sécurité composé d’attachés de presse et de managers. Comme d’habitude, la pratique de l’anglais est prohibée et chaque membre se voit attribué son interprète personnelle.


Rock Mag : Pour commencer,pourquoi avoir organisé une telle opération promotionnelle avec ce bus qui parcourt Paris?
Christoph Schneider
: Ça commence plutôt mal, parce qu’on ne peut pas répondre à ta question (Rires) . De quoi tu parles? c’est quoi ce bus qui parcourt Paris?

R M : Un bus à deux étages, aux couleurs de Rammstein uniquement réservé aux journalistes, et à l’intérieur duquel on peut écouter une partie de Rosenrot.
Christoph
: Ah, nous n’étions pas au courant. Et ça t’a plu?

R M : Oui,mais j’ai surtout apprécié ce que j’ai entendu du disque…
Christoph :
C’est bien, comme ça on fournit un peu de divertissement aux journalistes, c’est moins ennuyeux que les hôtels habituels!(rires)

R M : Till, c’est très rare d’avoir la chance de t’avoir en interview. Qu’est-ce qui t’a poussé à faire le déplacement à Paris?
Till :
A vrai dire, ça m’emmerde d’être ici (rires). Non, plus sérieusement, Richard est à New-York pour enregistrer son album solo et Flake est malade, alors j’ai été obligé de faire le déplacement pour aider les autres à endurer le supplice de la promotion (rires)
( Pendant que l’interprète me traduit ses propos, Till, désireux d’apprendre le français,nous coupe )
Till : … Malague ?
L’interprète : Non, non, malade,ma-la-de, comme «je suis malade »(elle lui explique comment on prononce le mot en français. Till prendra finalement des notes sur son calepin pendant toute l’interview )
Till (Il répète la question en français, tout en écrivant avant de répondre): Je n’en sais strictement rien.(Rires) Non, en fait, je pense que ça définit plutôt bien notre attitude. Notre anglais n’est pas suffisamment sophistiqué pour permettre de donner des réponses précises à des questions difficiles. Par contre, il y a quand même un bémol avec les interprètes qui déforment parfois nos propos. Par le passé, on a eu des problèmes, et il nous est arrivé d’intervenir nous-mêmes dans l’interprétation de nos réponses, car elles semblaient erronées.

R M : Rosenrot a été présenté comme une suite de Reise Reise. Est-ce vraiment le cas, et pourquoi alors ne pas avoir fait un double album à l’époque?
Christoph :
Effectivement, Rosenrot est bien une suite, puisque 6 titres ont été composés à l’époque de Reise Reise : Rosenrot, Zerstören, Mann gegen Mann, Feuer& Wasser, Wo bist du? et Ein Lied. Mais on trouvait que trop de morceaux se ressemblaient, alors on a dû en écarter quelques-uns. Mais comme ces titres étaient bons, on avait dans l’idée, avant même la sortie de Reise, Reise, de sortir une suite rapidement. On a d’emblée écarté le concept de double album, car nous n’aimons pas faire des albums trop longs, c’est pénible à l’écoute. Puis de toute façon, les 6 morceaux composés à l’époque ne suffisaient pas. La moitié des titres de Rosenrot sont tout à fait nouveaux!

R M : Etes-vous retournés en Espagne pour les enregistrer?
Christoph :
Oui, tout à fait, nous sommes allés dans le studio qui avait servi à l’enregistrement de Reise Reise.
Till : Ça s’est passé de manière très relax et détendue, sous le revigorant soleil espagnol.

R M : En écoutant Rosenrot,j’ai eu l’impression que vous reveniez un peu à vos sources, notamment en ce qui concerne l’utilisation de l’électronique…
Christoph :
C’est exact, mais l'électronique a toujours été une composante forte de notre musique, même s'il est vrai que son rôle était un peu secondaire dans les deux derniers albums, car l'ambiance s'y prêtait moins. Comme Rosenrot n'a pas été pensé pour la scène, on a pu davantage se focaliser sur les arrangements et les détails, ce qui explique ce retour massif à l'électronique.

R M : Le premier single est "Benzin". De quoi parle le texte exactement?
Till :
En fait,(il prend un ton messianique) il y a plusieurs mois, j’ai eu une prémonition, j’ai senti que le prix de l’essence allait augmenter. Voilà de quoi parle le texte, c’est donc une chanson prophétique (rires)

R M : Tu n’aurais pas une prophétie pour moi, par hasard ?
Till :
Tu veux savoir si tu vas gagner au Loto, c’est ça? (rires) En fait, un jour, j’ai regardé un film qui s’appelle Love Liza. C’est l’histoire d’un mec qui perd sa nana et son boulot, et qui devient petit à petit accro à l’essence. Il se rend dans des stations services et sniffe les pompes à essence. C’est une sorte de tragi-comédie. Il y a eu plein de films sur les junkies, mais jamais sur les sniffeurs d’essence(rires). Je pense que c’est le point de départ pour ce morceau-là.

R M : Le clip a-t-il été tourné?
Christoph :
Oui, il est actuellement en postproduction. En gros, c’est l’histoire de pompiers qui n’ont pas eu d’incendie depuis longtemps. Ils attendent alors désespérément l’émergence d’un nouveau feu, et on voit donc comment leur vie repart quand les flammes se présentent. Il y a beaucoup d’effets spéciaux, comme des destructions, du feu et des grosses bagnoles. Le clip se termine parle sauvetage d’une personne qui veut sauter d’un immeuble, mais il y a encore un malheur qui arrive... et je ne t’en dirai pas plus! (rires)

R M : Sur Reise Reise, on a pu t'entendre chanter en russe et en français.Sur Rosenrot il y a "Te quiero puta", un titre entièrement en espagnol. Pourquoi cette soudaine diversité?
Till
(il commence à chantonner le refrain du titre « Amour » et entame un débat délirant avec l’interprète qui porte sur la ressemblance entre les mots « amour » et « un mot ») : Après plusieurs albums entièrement en allemand, nous avons souhaité expérimenter un peu plus avec les langues, avant tout pour rendre moins ennuyeuse notre musique. Mais le choix n'est pas dû au hasard, c'est en fait un hommage aux pays dans lesquels nous avons vécu de très bonnes expériences, comme l'enregistrement de Mutter en France, et de Reise Reise et Rosenrot en Espagne.

R M : Et est-ce que tu aimerais t’essayer à d’autres langues à l’avenir?
Till :
Mais il n’y a pas d’autres langues !(rires) Non, en fait, je veux dire que,pour nous, l’allemand,
le français, le russe et l’espagnol sont les 4 langues les plus importantes. Mais j’ai en tête de faire quelque chose dans une langue africaine, mais il n’y a rien de précis pour le moment… Ce qui serait aussi intéressant, c’est d’expérimenter le langage et les sons animaliers.(rires)

RM : Tu peux me faire un truc en en langue animale?
Till
(rires) : Non mais, tu sais, les animaux aussi ont leur propre langage. D’ailleurs, notre prochain titre sera en dialecte crocodile (rires)

R M : Un DVD live doit sortir prochainement. J’ai remarqué des caméras à Nîmes…
Christoph :
Finalement, nous avons décidé de ne pas axer le DVD sur un seul concert, mais sur plusieurs, car il y avait tellement de bons moments sur cette tournée que ça nous faisait mal au coeur d'exclure certains shows. On retrouvera donc bien des morceaux de Nîmes, mais aussi Londres, Birmingham et Moscou.

R M : Et est-ce qu’il y aura des bonus ?
Christoph :
Le projet n’est pas encore totalement défini, alors on ne peut malheureusement pas t’en dire plus. Il y aura peut-être des clips, mais je ne peux pas te le confirmer… je ne peux même pas te dire quand il sortira (rires).

RM : En plus de Nîmes, je vous ai aussi vus à Paris, et j’ai remarqué que la bonne humeur régnait au sein du groupe. Etait-ce toujours le cas sur la tournée Reise Reise?
Till :
Oui, cette dernière tournée a été exceptionnelle. On s’est vraiment tous retrouvés, et on a pu constater qu’on marchait véritablement bien ensemble. L’harmonie est enfin revenue au sein de Rammstein!

R M : Les tensions qui avaient eu lieu après la sortie de Mutter sont donc complètement oubliées ?
Christoph :
Tu sais, la période post-Mutter a été très dure pour nous. Le groupe a failli éclater. C’était vraiment très grave, les disputes s’enchaînaient. En réalité, le problème venait de notre guitariste Richard, qui voulait tout commander et tout faire. Depuis quelque temps, il s’est mis à travailler sur un projet parallèle, ce qui lui permet de canaliser son énergie créative et de ne plus nous harceler comme il le faisait à l’époque. Maintenant tout va bien.

R M : Est-ce que vous avez écouté des morceaux du projet de Richard?
Christoph :
Oui et c’est pas mal du tout. Je pense que ça devrait sortir l’année prochaine.
Musicalement, ça ressemble à du Rammstein, mais le chant est en anglais. Richard fait tout dans le groupe.

RM : Tu disais tout à l’heure que cet album n’a pas été pensé pour la scène, cela signifie qu’il n’y aura pas de tournée, ni de dates pour présenter Rosenrot?
Till :
Non, il n’y aura pas de tournée pour cet album, car nous avons besoin de faire une pause pour respirer. Nous sommes sur les routes depuis maintenant plus d’un an et je pense que nous aurons sans doute besoin de 6 à 8 mois de répit pour nous en remettre.
Christoph : Nous avons surtout besoin de nous éloigner les uns des autres pour pouvoir repartir ensuite sur de bonnes bases.




Till en tête à tête


Ex-nageur de l’ex-RDA, le chanteur de Rammstein est aussi un passionné de poésie. Quatre questions en tête à tête avec le leader bodybuildé et romantique.

R M: Tu as publié un recueil de poèmes qui s'appelle Messer. Est-ce qu'on le trouvera hors de l'Allemagne un jour?
Till :
Je souhaite vraiment qu'il y ait des traductions. J'ai même trouvé les traducteurs, mais l'éditeur est un peu réticent car il souhaite surtout m'envoyer faire des tournées de lecture, mais ce n'est pas trop mon truc. Je veux sortir le livre en russe, en espagnol, en français et peut-être en anglais. L'éditeur n'est pas très chaud, alors ce serait bien si les fans de Rammstein pouvaient lui écrire pour se plaindre (Rires)

RM : Les paroles de "Rosenrot" font clairement référence au poème "Heidenröslein" de Goethe ...
Till :
J'aime vraiment beaucoup les anciens maîtres de la poésie. Je suis un grand admirateur de la vieille langue allemande et, outre Goethe, j'aime tout particulièrement Heinrich Heine, Gottfried Benn et Conrad Ferdinand Meyer.

R M : Tu avais commencé une carrière de nageur très prometteuse, qui a malheureusement été écourtée à cause d’une blessure. D’après toi, est-ce que tu te serais tourné vers la musique sans cette blessure ?
Till :
Je pense que chacun a son destin, qu’on ne peut éviter, mais j’ai la conviction que je me serais quand même tourné un jour vers la musique sans cet accident. A vrai dire, j’aurais tout aussi bien pu devenir pêcheur en haute mer(rires). Le plus important n’est pas ce que l’on fait, mais c’est de se rendre heureux avec ce qu’on fait, et la musique a fait de moi un homme heureux.

R M : Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de chanter?
Till :
Il n’y en a pas… ou alors ce serait plutôt le contraire, certains auraient pu me dégoûter du chant à tout jamais.(Fou rire)



Interview MeisterKlasse


Batteur et membre historique de Rammstein, Christoph Schneider revient sur ses débuts… à la guitare et à la trompette!

R M : Qu’est-ce qui t’as donné envie de commencer la batterie ?
Christoph :
Il y a toujours un moment dans sa vie où l’on sait ce qu’on veut faire et, pour moi, j’ai su très tôt que je voulais devenir musicien. J’ai commencé par jouer de la guitare et… de la trompette (rires), mais bien vite j’ai dû reconnaître que la trompette n’est pas l’instrument idéal pour faire du rock. Et puis je ne me trouvais pas très beau avec une guitare quand je me regardais dans le miroir. Alors j’ai opté pour la batterie qui s’accordait mieux avec mon teint.(Rires)

R M : Est-ce que c’est toi qui as joué de la trompette sur le morceau en espagnol "Te quiero puta"?
Christoph :
Non, malheureusement, je n’en serais plus capable. Ça fait trop longtemps que je n’ai pas touché à une trompette!

R M : Ton premier choc musical?
Christoph :
The Wall, l’album monument des Pink Floyd. C’est le tout premier disque de rock que j’ai écouté, et j’ai tout de suite été scotché.




Chronique sur l'album Rosenrot


Depuis l'année dernière, la formation allemande offre de multiples cadeaux à ses fans :
Tout d'abord la sortie du multiplatine Reise Reise, 4ème album magistral d'une carrière déjà parfaite. Ensuite, une immense tournée échelonnée sur plusieurs mois et qui a traversé la plupart des festivals incontournables (plusieurs shows ont d'ailleurs été immortalisés pour forger le futur DVD du groupe). Enfin ultime offrande : Rosenrot, un album qui débarque un an seulement après le précédent alors qu'il faut d'habitude attendre trois longues années entre chaque album de Rammstein.
Comme on le sait déjà cette rapidité est liée au fait que la moitié du disque a été composé en même temps que Reise Reise, mais on sait aussi que les Allemands n'ont pas pour habitude de bâcler leur production. Il serait alors méprisant et réducteur de considérer ce cinquième effort comme un simple add-on alors qu'il constitue un opus à part entière.
La touche Reise Reise en est d'ailleurs pratiquement absente. Seul le désir d'expérimentation est conservé, et l'OVNI qui succède à "Los" s'appelle ici "Te quiero puta!", sorte de cavalcade frénétique sur fond de cuivres mexicains et entièrement chantée en Espagnol. Un délire qui apporte une fraîcheur et un peu de dérision à une discographie massive que certains jugeaient beaucoup trop sérieuse. Pour les autres,on peut pratiquement parler de retour aux sources, notamment pour "Benzin" qu'on a déjà pu découvrir en live et l'explosif "Zerstören", qui mêle la hargne de Herzeleid avec le rythme techno/métal soutenu de Sehnsucht.
Les deux grand moments du disque se nomment "Mann Gegen Mann" et "Rosenrot". Le premier, sur le thème de l'homosexualité, se définit clairement comme LA décharge électrique de l'opus avec un refrain entêtant scandé d'une voix froide et autoritaire rappelant Laibach. Le morceau-titre affiche quant à lui clairement l'ambition du single idéal. Sorte de mélange explosif de new wave dansante et de metal, il constitue tout simplement l'une des meilleures compositions du groupe. Rajoutez des guitares incisives à la Depêche Mode et vous comprendrez de quoi il retourne...
Annoncé comme une simple suite de Reise Reise, Rosenrot n'a pas à rougir de la comparaison et arrive largement au niveau de son prédécesseur, si ce n'est plus haut. Rammstein peut enfin prendre du repos. Ils l'ont bien mérité!!!!

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