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Interview de Christoph Schneider et Richard Z-Kruspe Bernstein


Interview de Christoph et Richard réalisée par Olivier Rouhet pour Rock hard n°35 juillet-août 2004 n°35

RAMMSTEIN -

HAUTES TENSIONS...


Les informations concernant le nouvel album de Rammstein ont si peu filtré, que nous nourrissions les doutes les plus sérieux quant au futur du groupe. D'autant que deux ou trois rumeurs étaient parvenues à nos oreilles, rapportant que tout n'allait pas pour le mieux au sein du microcosme berlinois. Quelle ne fut pas notre surprise, alors que nous avions préparé une interview "classique", de voir Richard Z. Kruspe-Bernstein et Christoph Schneider s'étendre sur les sérieux problèmes qui ont ébranlé le bunker allemand. Après cette interview "vérité", nous n'avons pu que constater que Rammstein est définitivement un groupe différent, avec des membres dont la personnalité est loin d'être uniforme, mais qui livre, avec son nouvel album, Reise, Reise, un nouveau chef d'oeuvre enregistré sur la Costa Del Sol, en Espagne, et enfanté... dans la douleur.



Rock Hard : Vous avez souvent insisté sur le côté démocratique de l'écriture au sein de Rammstein. En a-t-il été de même pour ce nouvel album ?
Richard :
Non, les choses ont été très différentes. Pour faire court, je dirais qu'après Mother (Ndlr : bizarrement, les musiciens n'appellent jamais l'album "Mutter" mais "Mother"), nous avons vraiment ressenti d'importantes tensions au sein du groupe. Pour ma part, il m'a fallu m'éloigner, me relaxer, me défaire de l'influence des autres... En fait, il fallait que Rammstein se remette à fonctionner comme un groupe et non plus se soumettre à l'influence d'une seule personne.

Rock Hard : Comment ça ?
Richard :
Nous sommes revenus à une formule basique, une formule de groupe où personne ne compose dans son coin, chez lui, et impose ses idées.

Rock Hard : Les rumeurs, discrètes, quant à votre split étaient donc fondées ?
Christoph :
Rammstein a commencé comme un vrai groupe, six personnes dans un studio qui répétaient. Mais, dès Sehnsucht, les guitaristes se sont mis à travailler chez eux, dans leur appartement, à l'aide d'ordinateurs. Aussi, lorsque nous découvrions ces morceaux, il n'y avait rien à leur apporter, ils étaient prêts! Les guitaristes faisaient tout le boulot et nous autres n'avions rien à ajouter! De plus, si nous désirions modifier quelque chose à leurs compositions, ils refusaient, tellement ils étaient à fond dedans. Bien évidemment, cette situation a rapidement constitué un problème : Rammstein est composé de six personnes, six personnes qui ont envie de construire un projet musical, pas seulement d'exécuter... Dès lors, il y a eu brise après Mutter. Chacun a réfléchi et s'est demandé quel serait le futur de Rammstein. Je me suis rendu à New York, où vit Richard, et nous avons parlé. Il était parti sur un projet solo tandis que le reste du groupe était revenu aux racines : nous répétions à cinq, sans Richard, dans un seul et même lieu, tous ensemble. De ce côté là, ça fonctionnait très bien. Et puis, un jour, Richard est venu nous rejoindre, nous avons jammé et ça a marché. Il n'était plus question de savoir qui devait être le plus influent dans le groupe, mais d'aller dans le même sens.

Richard : Il n'a jamais été question de combat physique! Il s'est avéré que je me suis trop accaparé d'espace dans le groupe, c'est moi qui en étais le directeur artistique. Pourtant, j'avais beau avoir conscience que Rammstein était une démocratie, un groupe avec six membres, je ne parvenais pas à restreindre mon champ d'influence. Il fallait vraiment que je m'éloigne des autres, de moi-même, je devais réfléchir... Ma créativité ne devait pas bouffer celle des autres, j'ai eu la chance de le réaliser. C'est pourquoi j'ai fait un break et suis revenu pour voir comment les choses se passaient sans moi. Il s'est agi d'une période cruciale, pour moi comme pour les autres membres du groupe. Rammstein a du potentiel, mais mon attitude était négative.

Christoph : Il existe un tout qui est le 100 %. Lorsqu'une seule personne parmi six s'accapare 80 % de la créativité, quelque chose cloche (Ndlr : sans posséder un DESS de psychologie, vous aurez remarqué que le batteur est passé d'un discours concernant « deux guitaristes » à celui n'en désignant qu'un seul, en l'occurrence Richard). Nous étions dans ce cas de figure.

Rock Hard : A quel moment le processus démocratique au sein de Rammstein s'est-il dégradé ?
Richard :
Ça a été très progressif. Comme je l'ai dit auparavant, mon obsession pour la musique m'a souvent empêché de prendre du recul et, surtout, de voir comment j'agissais. J'étais prisonnier de ma passion, mais je ne le réalisais pas. Et de fait, les autres membres de Rammstein ne pouvaient plus respirer dès lors que j'intervenais. Et j'intervenais tout le temps.

Christoph : Cette situation a commencé à se développer durant la période Sehnsucht et a atteint son apogée lors de l'ère Mutter.

Richard : J'étais tellement enfermé dans mon petit monde que je n'ai rien vu arriver. J'étais obsédé. Mon rapport avec les autres se résumait à : "C'est ainsi que nous devons faire les choses. Point barre". Le jour où je me suis rendu compte de ça, j'ai compris qu'il fallait m'éloigner.

Rock Hard : Ton emménagement à New York avait l'air glamour. En fait, était-il la conséquence de la situation au sein de Rammstein ?
Richard :
Oui.

Rock Hard : S'est-il agi d'une prise de conscience longue dans sa durée ?
Richard :
Bien sûr ! Je suis un putain de maniaque du contrôle et il m'a fallu me défaire de cette attitude ! Croyez-vous que cela puisse se faire aussi rapidement que ça ? Il y a d'abord eu la douleur de réaliser à quel point je pouvais être chiant par mon intransigeance, et ensuite, il m'a fallu faire disparaître cette dernière. De plus, je me suis rendu compte que cette volonté de contrôle avait également de la résonance sur ma vie privée.

Christoph : Nous en étions arrivés à un point où il nous était devenu impossible de mentionner le nom « Richard » sans y adjoindre un "connard" ou "enculé" ! Ce qui était étrange, c'est qu'il n'y avait rien de personnel là dedans. Mais dès qu'il s'agissait de musique, Richard était la dernière personne dont nous voulions entendre parler. Il avait besoin d'une bonne leçon !

Richard[très sérieux] :
Tout le monde avait besoin d'une leçon, et surtout le groupe. Dans une "communauté", il y a toujours deux voies à emprunter. Le "laisser faire" et le "agir". Si j'ai toujours agi, c'est parce que Rammstein était immobile quant à ses décisions. Comme personne ne prenait de décision, c'était moi qui m'y collais.

Christoph (intervenant sèchement)
Comment prendre des décisions lorsqu'on sait que l'un des interlocuteurs va te faire taire ? Richard était un mur contre lequel nous ne pouvions pas lutter.

Richard : Il ne s'agissait pas non plus d'une situation "Tout Rammstein contre Richard". Mes rapports humains avec Till Lindemann ont, par exemple, toujours été excellents. Ça n'a pas été le cas avec les autres membres du groupe, avec qui la tension était réelle. Mais quand tu réalises que quatre personnes sont contre toi, il faut te remettre en question. Une telle unanimité traduisait forcément un problème dont j'étais responsable. Donc, je suis parti... Et lorsque je suis revenu, les choses se sont très bien passées. J'ai senti que j'étais très bien accueilli, que les autres attendaient que je change d'attitude pour que nous redevenions les mêmes amis qu'avant. Ma relation avec Schneider s'est rétablie, tout comme celle avec Flake. Je suis fier de tout ce que Rammstein a accompli et je me fiche désormais de savoir qu'un tel a davantage pris part qu'un autre à l'écriture de tel ou tel morceau. Ma fierté est d'avoir compris que Rammstein était un groupe de six personnes.

Christoph : Je pense que nous avons du potentiel, que nous avons encore beaucoup de choses à dire et de bonnes chansons à écrire... à six. Bien évidemment, Till est le point de mire de Rammstein, mais comment, et pourquoi, faire autrement ? Il écrit des textes extraordinaires et a une voix fabuleuse...

Richard : Il n'y a rien de curieux dans ce qui nous est arrivé. Tous les groupes, tous les gens, traversent des périodes de crises et, la plupart du temps, chacun en ressort plus fort. C'est la vie, non ?

Rock Hard : Oui, mais ce début d'interview nous surprend énormément, car personne n'était au courant de ces tensions...
Christoph :
Personne n'est au courant car nous n'avons aucune envie d'étaler nos problèmes en place publique. Ce n'est quand même pas le genre d'informations que nous avons envie d'afficher sur notre site web !

Richard : Il s'agit de choses personnelles et, en fait, c'est la première fois que nous en parlons à la presse (Silence) Il s'agit d'un problème professionnel qui a forcément des répercussions sur nos vies privées. Voilà pourquoi nous ne nous sommes jamais étendus là-dessus. Nous préférons ressentir la force de nos retrouvailles plutôt que de nous appesantir sur les rancoeurs passées.

Christoph : Un groupe n'est pas uniquement un "pourvoyeur" de musique, c'est aussi un catalyseur de relations humaines, d'amitié et une leçon quotidienne pour apprendre de la vie.

Rock Hard : Pensez-vous que votre succès mondial vous soit monté à la tête ?
Richard :
En aucun cas ! Je peux affirmer que nous avons toujours gardé les pieds sur terre. Les problèmes que nous avons rencontrés n'ont rien à voir avec le succès. Et je peux vous dire que, peu importe le succès que récoltera Reise, Reise, l'aventure Rammstein est loin d'être terminée.



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