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Interview de Till Lindemann et Richard Kruspe


RAMMSTEIN - CARNETS DE VOYAGE
INTERVIEW DE TILL LINDEMANN ET RICHARD Z-KRUSPE BERNSTEIN POUR ROCK HARD SEPTEMBRE 2004


Même si la rentrée est riche en sorties d'albums, il en est une qui nous obnubile tout particulièrement : celle du nouvel album de Rammstein, Reise Reise ("Voyage Voyage", pour les amateurs de Desireless et les autres). Les Berlinois ont pris leur temps pour enregistrer le digne successeur de Mutter et, après l'interview vérité que nous avons publiée dans notre précédent numéro, nous avons réussi à remettre le grappin sur le guitariste Richard Z. Kruspe-Bernstein et, surtout, sur le très introverti frontman, Till Lindemann. Lorsque vous lirez ces lignes, Reise Reise sera presque dans les bacs (et oui, il faudra tout de même patienter jusqu'au 20 septembre), mais nous pouvons d'ores et déjà vous assurer qu'une fois encore, Rammstein va vous livrer un album de métal magistral. Un voyage au pays de la poésie... à l'allemande !


TILL LINDEMANN :


Si dans notre numéro précédent, Richard Z Kruspe Bernstein nous confiait que, désormais, il souhaitait s'exprimer en anglais, ce n'est pas encore le cas de Till Lindemann : l'interviewer par téléphone est un calvaire puisqu'une traductrice français/allemand est requise, que la donzelle s'emmêle parfois les pinceaux et que, sur 30 minutes d'entretien, 15 sont grattées par la traduction. Mais bon, Till est un personnage tellement discret que nous sommes très fiers de vous proposer aujourd'hui cette interview du charismatique frontman de Rammstein.

Rock Hard : D'ordinaire, vous ne prenez pas autant de temps entre vos albums, deux ans au maximum. Cette fois-ci, il vous a fallu plus de trois années...
Till Lindemann :
Nous avons tourné deux ans pour promouvoir Mutter, notre plus longue tournée à ce jour. Nous avons ensuite pris deux mois de pause avant de nous atteler à tous les préparatifs pour enregistrer Reise Reise, trouver le studio adéquat et, bien évidemment, composer, car nous n'avions aucun matériel de prêt.

RH : Vous vous êtes rendus en Espagne cette fois-ci, au studio El Cortijo, en Andalousie...
Till :
Nous avons enregistré Mutter à Miraval, dans le sud de la France et j'imagine que vous vous demandez pour quelles raisons nous n'avons pas réitéré l'expérience... Nous sommes toujours à la recherche du climat le plus agréable et il semble que, plus les années passent, plus nous descendons vers le sud ! D'habitude, lorsque nous entrons en studio, tout est écrit, composé et arrangé. Cette fois, ce n'était pas le cas et, afin de collaborer au mieux, nous avons choisi l'environnement le plus agréable possible. C'est en Espagne que nous l'avons trouvé.

Lors de notre récent entretien avec Richard Z-Kruspe Bernstein et Christoph Schneider, ces derniers se sont longuement confiés sur les tensions qui ont surgi au sein de Rammstein. Les as-tu toi-même ressenties ?
Till :
Quand tu vis en communauté, comme des gens mariés, pendant plus de dix ans, que tu proviens de cinq groupes très différents... Quand, en fait, tu passes plus de temps avec tes « collègues de travail » qu'avec ta famille, que veux-tu ? Bref, ça fait dix ans que nous sommes toujours fourrés ensemble, dix ans... Et lorsque nous sommes en tournée, ce n'est pas comme si nous bossions dans un bureau et que, le soir, nous pouvions retrouver nos petites familles. Beaucoup de choses sont sujettes à discussion, des choses qui sont d'autres natures que de savoir qui va aller chercher le pain en rentrant du boulot. Alors, des querelles surgissent en studio, c'est évident. Et ne parlons même pas de la promiscuité du tour-bus : il y a de violents débats pour déterminer celui qui aura droit à la couchette du haut et au plus grand placard pour ranger ses vêtements (rire cynique). Plus sérieusement, il y a eu effectivement, en salle de répétitions des affrontements quant à la part d'investissement et d'engagement de chacun au sein du groupe. Et au bout de dix ans, on sait très bien ce qui peut agacer l'autre : donc, quand l'un de nous a envie de faire sa tête de cochon, il n'a pas besoin de se creuser le crâne bien longtemps pour énerver sa victime. Ce sont de sympathiques petits jeux... Dans le cas précis de Richard, ce dernier est un accro au travail et, en général, par le passé, c'est vrai qu'il a eu tendance à souvent vouloir tout faire. De fait, il ne restait pas grand chose aux autres et nous nous contentions de remplir les trous. Mais nous avons un avantage : nous venons de l'ex-RDA, avons été éduqués suivant les préceptes de la collectivité et, inconsciemment, nous sommes toujours très unis pour ne former qu'un : nous parlons beaucoup, ce qui agit de façon thérapeutique. D'ailleurs, j'ai l'impression que nous passons plus de temps à discuter qu'à faire de la musique...

Quelle est ta part dans la composition pure. Nous savons que tu es à 100 % responsable des textes, mais qu'en est-il de la musique ?
Till :
La partie de mon travail qui m'intéresse le plus est, bien entendu, l'écriture des paroles. Mais il est normal que j'intervienne également sur le contenu de la musique : il faut que mes paroles puissent s'y adapter. Il arrive que les cinq autres soient convaincus qu'un riff est bon, mais si je ne suis pas d'accord, s'il ne m'inspire pas, j'explique mon point de vue.

RH : Rammstein est un collectif mais, pour la plupart des fans, tu es considéré comme le leader du groupe...
Till :
Les chanteurs sont souvent perçus ainsi, mais comme je ne sais rien faire d'autre que chanter... Le public voit les choses d'une certaine façon, mais nous sommes comme des ouvriers sur un chantier : il y a le maçon, le géomètre, le charpentier etc., chacun tient son rôle pour l'effort collectif. Et pour preuve de notre unité, à la différence de pas mal de groupes, nous partageons tous nos gains financiers à part égale.

RH : Après votre dernier concert parisien, le 10 novembre 2001 au Zénith, il paraît que tu étais d'une humeur massacrante. Tu aurais même évoqué auprès de certaines personnes ta profonde lassitude de faire partie de Rammstein...
Till :
Je me rappelle effectivement de ce concert. Nous étions très fatigués, mais je trouve que le show et l'ambiance ont été grandioses. Il faut savoir qu'avant de nous attaquer à cette grande salle, nous n'avions donné à Paris que des concerts en clubs : à la Locomotive et à l'Élysée Montmartre. Nous passions soudainement de ces petites salles très mignonnes, à côté du Moulin Rouge, à cette grosse structure, ce grand chapiteau... De plus, ça me revient encore mieux maintenant, juste avant le concert - comme d'habitude -, nous avons eu des problèmes avec les autorités quant à l'utilisation de la pyrotechnie alors que tout était pourtant carré sur le papier. J'étais de mauvaise humeur, c'est vrai, car il y a pas mal d'effets auxquels je n'ai pu recourir. Donc, effectivement, j'étais assez las après le concert, mais ça n'avait absolument rien à voir avec le public qui a été merveilleux.

:Tu as la réputation d'être très timide. Est-ce qu'il t'est toujours aussi douloureux de monter sur scène ?
Till : Autrefois, oui. Le terme «douloureux» n'est pas exagéré. Mais maintenant, les choses vont bien mieux, je suis habitué à la scène. Ce qui est sûr, c'est que j'ai toujours le trac avant un concert. Ce que je n'aime pas du tout, mais ça arrive de moins en moins, c'est jouer dans de tous petits clubs : le public est si près, il te scrute des pieds à la tête, je me sens comme la victime de voyeurs qui peuvent voir la peur suinter des pores de ma peau.

RH :Pourrais-tu décrire le Till Lindemann qu'on ne connaît pas, celui qui apparaît dès qu'il quitte la scène...
Till :
C'est quelque chose de très privé et de très difficile, un sujet sur lequel je n'ai aucune envie de m'étendre. Il n'est pas dans mon caractère de parler de moi. Pour en savoir plus, il faudrait poser cette question à mes quatre ex-épouses. Et je doute qu'elles aient beaucoup de bien à dire à mon endroit. Je préférerais que tu interroges mes amis, mes potes, à ce sujet. Et encore, ils seraient sûrement positifs sur moi, mais ce type de jugement est si subjectif...

RH : Tu as une fille qui est maintenant adolescente. Comment perçoit-elle son père ?
Till :
Notre relation a beaucoup évolué avec le temps et ressemble plus, aujourd'hui, à un rapport d'amitié sincère entre deux individus, plus qu'au classique et austère père/fille. Nous passons régulièrement des vacances ensemble et, cette année, nous sommes allés au Costa Rica. Et puis, je pense qu'elle m'aime bien car j'arrive toujours à lui récupérer des backstage passes pour ses amis.

RH : Tes textes sont rarement gais. Es-tu toi- même une personne sombre et pessimiste ?
Till:
Mes textes sont noirs mais pas pessimistes. En revanche, je suis effectivement un individu pessimiste...

RH : Tu as sorti en Allemagne un recueil de poésie intitulé Messer (Ndt:Couteau)...
Till :
Oui effectivement. J'aimerais beaucoup qu'il soit traduit dans d'autres langues d'ailleurs. Malheureusement, je suis très pointilleux et je n'ai pas le temps de chercher un traducteur d'Allemand littéraire. Si l'un de tes lecteurs se montre intéressé, qu'il n'hésite pas à se présenter...

RH :Tes textes, même parmi les germanophones, prêtent à controverse puisque certains de tes compatriotes n'hésitent pas à les qualifier de ridicules et naïfs...
Till
:Chacun est absolument libre d'avoir son opinion, ça ne me pose pas de problème. Nous sommes désormais suffisamment sûrs de nous pour ne plus nous soucier des critiques qui nous sont adressées.

RH : Où en êtes-vous de la pyrotechnie ? Rammstein étant un groupe qu'on n'attend jamais là où il débarque, allez- vous laisser tomber les effets pyro ?
Till :
Non. Nous n'en avons pas envie, et même si c'était le cas, nous ne pourrions nous le permettre : le feu fait partie intégrante du concept Rammstein. C'est un peu comme Kiss et son maquillage. Lorsqu'ils l'ont abandonné, on a vu ce que ça a donné. Certaines chansons requièrent des effets spéciaux, nous en sommes intimement persuadés. Par contre, le groupe a vraiment conscience qu'il lui faut se renouveler : de plus en plus de groupes utilisent la pyrotechnie et nous avons encore envie de nous démarquer. Les nouveaux groupes utilisent des flammes et des explosions que nous utilisions à nos débuts. J'en conclus donc qu'aujourd'hui nous sommes démodés.

RH : Nous avons écouté six titres de Reise Reise. Cet album m'apparaît comme un retour au côté très martial de Herzeleid plutôt qu'à une continuité facile de Mutter...
Till :
Merci, je considère que c'est un très gentil compliment. D'autres personnes qui ont écouté le disque ne partagent pas ton opinion, mais je trouve que de provoquer des avis qui ne sont pas tranchés est l'un de nos luxes. En fait, pour en revenir à ta définition, je te répondrais que Reise Reise est un Herzeleid moderne.

RH : Parle-nous de ce titre ambigu, « Amerika »...
Till :
Pourquoi « ambigu » ? Ce n'est pas une attaque, mais un constat : les Etats-Unis, et en particulier la langue anglaise, se sont aujourd'hui beaucoup trop imposés. Je pense que tous les pays européens - par extension, c'est plutôt une chanson contre eux - ne devraient pas se laisser aller et se soumettre à la culture américaine. Les traditions, les langues, les cultures du Vieux Continent sont suffisamment riches. Je me rappelle qu'à l'époque de Mitterrand si je ne me trompe pas, il y avait un réel refus de l'américanisation du vocabulaire français. L'identité culturelle de chaque pays européen est suffisamment forte pour ne pas se laisser aller. Il y a des choses extraordinaires qui nous viennent des Etats-Unis, mais je me souviens des carnavals traditionnels auxquels je participais quand j'étais enfant : aujourd'hui, c'est Halloween et je dois découper des citrouilles pour faire un masque pour ma fille. Je déteste ça. Ce n'est pas ma culture, ce n'est pas mon histoire. Et je me permets de poser une question : pourquoi vous, Français, avez-vous accepté de construire un parc Disney à Paris ? Pour les rentrées financières... Oui, c'est malheureusement une bonne raison. Mais je considère qu'il ne faut jamais se vendre. Vous auriez dû construire une presqu'île dans l'Atlantique, mais ne pas laisser Mickey pénétrer sur votre territoire. Bientôt, il va coloniser vos vignes, cela risque d'être atroce.

RH : Tu sembles très attaché à la France puisque je crois savoir que tu as appelé ta fille Marie-Louise ...
Till :
Oui, j'aime beaucoup la France , et ce, pour plusieurs raisons : le langage déjà. Il est absolument magnifique. J'aime bien votre attitude : lorsqu'on se promène à Paris ou en Normandie, ou ailleurs en France, et qu'on s'adresse à vous en anglais, vous ne répondez pas. C'est bien. En revanche, si tu essaies de t'exprimer, même dans le pire français, vous devenez absolument charmants et c'est une attitude formidable. Sur Reise Reise, il y e une chanson qui s'appelle « Amour » et je voulais y inclure le vers (Ndlr : Avé lassent) : « Amour d'oune sauvage créatour ». Je voulais rajouter du français, mais les autres n'étaient pas d'accord. Et pour en finir avec la France , je préfère ne pas évoquer les femmes françaises car je ne pourrais pas - ne voudrais pas ! - m'arrêter de parler.

RH : Tu dois être surpris lorsque tu vois les foules françaises reprendre les paroles de Rammstein en choeur, en allemand !
Till:
Surpris et heureux d'autant que je sais que les Français sont intransigeants : ils aiment ou détestent, ils ne connaissent pas le juste milieu. J'ai vu un concert de Placebo enregistré à Paris et je trouve que le chanteur assure vraiment c'est bien qu'il s'adresse au public en français. Désolé mais maintenant, dernière question s'il te plaît : un de tes collègues est en train de patienter.

RH : Euh... Hier, l'équipe d'Allemagne s'est fait sortir de l'Euro 2004. Triste?
Till :
Ah ! Ah ! Tu ne pouvais pas tomber sur pire interlocuteur! Je me fiche totalement du football et je n'ai absolument rien à faire que nous ayons été éliminés. Mais puisque dans ce monde, il faut bien supporter une équipe de foot pour paraître normal, je vais te dire que je suis à fond pour la République Tchèque. Et la France , bien évidemment !(Là, il ne nous a pas porté bonheur le père Till !)

RH : Un dernier mot ?
Till:
Salut bien bas aux lecteurs de cet article. J'y tiens vraiment. « Au revoir, merci beaucoup, vive la France (Tout cela en français dans le texte !) ".


RICHARD Z. KRUSPE-BERNSTEIN

Bien que menotté par un envahissant management. Richard Z. Kruspe-Bernstein n'est pas du genre à pratiquer la langue de bois. Pour notre deuxième interview en deux mois à peine, le guitariste n'a pas hésité à nous livrer les secrets du prochain show de Rammstein (sous réserves, mais on veut y croire !) et à l'instar de Till, son amour pour la France.

Rock Hard : La dernière fois que nous nous sommes vus à Paris, nous n'avons pas trop parlé de musique puisque tu as tenu à beaucoup te confier sur les problèmes internes que Rammstein a rencontrés...
Richard Kruspe-Bernstein :
Oui, je me rappelle très bien de cette interview. Je l'ai trouvée très intense car c'était la première fois que je voulais parler à des journalistes, si ouvertement, de ces problèmes internes. D'ailleurs as-tu vu le film de Metallica ? Oui ...
C'est assez impressionnant, n'est-ce pas ? Pou ma part, j'ai été très ébranlé par ce métrage, m'a fait prendre conscience que tous les groupes ayant un certains succès rencontrent les mêmes problèmes, ces conneries de truc d'ego qu'il faut pouvoir surmonter pour perdurer. J'a presque envie de dire que c'est un documentaire naturaliste, il faut avoir un sacré courage pour ainsi exposer la vérité intérieure d'un groupe, la vérité de ses problèmes. La vie d'une formation et les rivalités internes sont, en soi, ridicules non ? En même temps, je pense qu'elles son nécessaires.

RH : Avez-vous songé à avoir recours à un thérapie de groupe, comme Metallica l'a fait ?
Richard :
J'y ai en effet pensé, mais nous avons eu la chance de pouvoir nous en sortir par nous-mêmes, sans demander l'aide de personne, si ce n'est celle de notre manager qui est surtout un ami.

RH : Et celle de votre producteur Jacob Hellner...
Riochard
Non. Lors de notre précédent entretien, j'ai évoqué son importance pour notre reconstruction et la cohésion musicale de Rammstein. En revanche, pour ce qui concerne les relations personnelles proprement dites, c'est quelqu'un que je ne conseillerais à personne (rires).

RH : Bon, embrayons sur le nouvel album... En l'occurrence, sur la nouvelle iconographie du groupe... Vous venez de faire une série de photos étranges qui rappellent, dans leur esthétique, le film Chute Libre avec Michael Douglas...
Richard :
C'est effectivement ce film qui nous a servi d'inspiration ! Nous nous sommes dit que c'était une bonne façon de faire table rase de notre image passée, ces photos n'ont rien à voir avec la façon dont le groupe a pu être représenté par le passé. Au début, j'étais un peu réticent sur ce concept et je trouvais ces photos laides mais, replacées dans le contexte, et en tenant compte du film, j'en suis finalement très satisfait. En revanche, j'ignore encore si elles constitueront l'axe principal de l'artwork de Reise Reise. En effet, la semaine dernière, nous avons tourné une vidéo pour notre prochain single, « Amerika » : nous nous mettons en scène en train de donner un concert sur le Lune. C'est un clin d'oeil à l'envahissement des Américains dont nous parlons dans la chanson, et en même temps, cela correspond bien à l'idée de voyage qu'un titre comme « Reise Reise » implique. Le problème des photos réalisées, c'est que nous ne sommes pas sûrs qu'elles nous plaisent : nous avons confié leur réalisation à un photographe espagnol, il a fait des clichés très arty. Mais, hum, nous nous interrogeons car elles ne correspondent pas complètement à ce à quoi nous nous attendions.

RH :Combien de titres avez-vous enregistrés et combien finiront sur l'album ?
Richard
: Nous avons enregistré treize morceaux, mais ils ne figureront pas tous sur le disque. Nous ne voulons pas que Reise Reise soit long. Je pense que la période des disques de très longue durée est dépassée, si tant est qu'elle n'ait jamais existé... Le temps accélère le rythme des choses et plus personne n'a le loisir d'écouter 70 minutes de musique. Et si jamais certains trouvent le temps de s'enfiler une telle durée, je pense qu'inévitablement, après 50 minutes, ils en ont marre. Onze chansons sont amplement suffisantes pour faire un bon album, représentatif d'un artiste. C'est ce que nous avons en tout cas décidé. De toute façon, deux des titres enregistrés n'ont pas de paroles, alors nous les utiliserons peut-être la prochaine fois.

RH : Le single « Mein Teil » est rentré numéro 2 dans les charts allemands. C'est énorme, mais en même temps, j'imagine que vous vous attendiez à être numéro 1.
Richard :
Sincèrement, avec ce titre, je ne m'attendais à rien ! Ce n'est pas mon morceau préféré de l'album et son sujet est délicat. Aussi ne savions-nous pas vraiment à quoi nous attendre. Faire numéro 2 est donc une bonne surprise. Je pense même que numéro 1 aurait été un peu trop ! Ce n'est quand même pas un single évident : il est provocateur et vraiment pas commercial.

RH :Commercial, non. Mais efficace, oui ! Depuis Herzeleid, vous n'aviez pas autant donné dans l'agressif, notamment le pont de la chanson, et son déjà fameux «Denn du bist was du isst»
Richard :
« Mein Teil » est définitivement l'un de nos titres les plus durs et les plus sombres. Nous avons exploré beaucoup de directions durant notre carrière et, effectivement, ce titre est vraiment « méchant ». De là à savoir s'il ressemble à notre période Herzeleid...

RH : Sur le single figure une version de «Mein Teil» remixée par les Pet Shop Boys (Ndlr : elle figure sur notre sampler du mois !!!). Elle est très «tanz metal» alors que Rammstein semble, avec Mutter, s'être démarqué de ce style. En avez-vous marre et préférez-vous maintenant laisser aux artistes qui vous remixent le loisir de s'adonner au «tanz metal» ?
Till :
(Rires) Sincèrement, je ne sais pas ce que les Pet Shop Boys ont voulu faire de ce remix, nous ne nous sommes pas du tout impliqués dans leur travail. Je pense qu'ils connaissent le vieux Rammstein et qu'effectivement, ils se sont orientés dans cette direction.

RH : Vous n'avez pas votre mot à dire sur les remixes ?
Richard
Si, bien entendu. Nous faisons toujours des requêtes, mais c'est à chaque fois la même chose : les artistes choisis n'ont pas le temps, n'aiment pas notre musique, où je ne sais quoi... Mais j'aimerais être honnête. Je me fous un peu de tout ce qui concerne les remixes. Sur 20 titres remixés, un seul va vraiment me plaire. Je préférerais agir de façon différente : donner, par exemple, le titre à un ensemble de choristes et que ce dernier se débrouille avec la chanson. Les remixs « boum boum » commencent vraiment à me saouler. Je sais que beaucoup d'artistes reggae font ça : ils font retraiter leurs singles dans un style de musique différent et, au final, on a plus affaire à une reprise qu'à un remix. C'est très bien.

RH :Est-il vrai qu'au début, le single « Mein Teil » n'était destiné qu'au marché allemand ?
Richard
:Non, c'est faux, nous pensons toujours à l'échelle internationale... (Il marque une pause) Mais non, je raconte des conneries, tu as tout à fait raison ! Nous voulions ne sortir ce single que dans les pays germanophones, mais c'est la maison de disques anglaise qui a pété une durite et nous a demandé d'en faire une version internationale. Cette demande nous a d'ailleurs surpris, surtout de la part de l'Angleterre ! D'autant que ma conviction est que le marché des singles n'existe plus nulle part, à l'exception de l'Allemagne, peut-être. C'est pour ça qu'en premier lieu, nous ne désirions distribuer « Mein Teil » qu'en Allemagne.

RH : La vidéo de « Mein Teil » a été censurée sur les chaînes allemandes. Est-ce à cause des images ou des paroles ?
richard :
En fait, elle n'est pas censurée, mais elle ne peut être diffusée avant 23 h. Et c'est à cause des images. En Allemagne, il y a un gros problème quant à la sexualité à la télé, et ils n'ont pas apprécié la séquence où Till se fait sucer par un ange qu'il dévore après. Nous avons donc viré ce passage, mais ça ne nous choque pas car c'est un plan accessoire, non l'essence de la vidéo.

RH : Quelle est la traduction exacte de « Mein Teil » ? « Ma bite » ou « Mon morceau » ?
Richard :
Je dirais « Mon outil ».

As-tu vu la publicité anglaise Mercedes qui utilise « Mein Herz Brennt » en fond sonore ?
Richard
: Oh mon dieu, quelle pub ! Je ne parle pas du fait que ce sait un titre de Rammstein qu'ils aient choisi, mais du film en lui -même : il est absolument incroyable. Je ne l'ai vu que sur Internet, mais il est stupéfiant. Voir ces nuages en images de synthèse se battrent au-dessus du désert est ahurissant. En tout cas, nous sommes fiers d'avoir été choisis. Pour une pub allemande, cela n'aurait pas été possible : la musique aurait été trop dure et, chez nous, nous faisons encore peur. Les Anglais sont plus ouverts et ont un bon sens de l'humour. L'humour vient de la confiance en soi. C'est pourquoi les Allemands n'ont pas d'humour...

RH :A priori, nous ne vous verrons pas sur scène cette année…
richard :
Rien n'est encore arrêté en termes de concerts et je peux te jurer que nous jouerons en Angleterre et en France. Pour l'instant, les dates annoncées sur notre site sont celles planifiées avant Noël, période durant laquelle nous ferons un break. Mais nous repartirons ensuite jusqu'à la fin février. Pour la France , nous ne savons pas encore quoi faire : nous hésitons entre un Bercy ou deux Zénith et devons également nous accommoder de la disponibilité des salles.

RH :J'imagine que, pour un groupe comme le vôtre, booker une salle doit être compliqué puisque vous devez indiquer aux promoteurs le détail très précis de votre pyrotechnie. Or, si j'ai bien compris, pour l'instant, vous n'en savez pas grand chose !
Richard
(Rires) Il est vrai que nous commençons à être à la bourre ! Mais nous avons tout de même quelques idées ! Des choses simples : mettre la batterie de Schneider sur le devant de la scène et nous placer tous en retrait. Pour ce qui relève de la scénographie, nous aimerions bien que le décor de la scène représente un site où vient de se crasher un avion. Ce serait pas mal pour illustrer un album qui s'appelle Voyage Voyage (Ndlr : Il dit ça sans plaisanter !). Mais ce n'est qu'une idée, tout peut changer la semaine prochaine.

RH : Il vous faut être de plus en plus originaux car de nombreux groupes allemands, In Extremo entre autres, commencent à vous rattraper en terme de pyrotechnie...
Richard
(Énervé): Oui, je sais. Mais ça veut dire que Rammstein n'est pas un mauvais groupe. Il y a l'original et les copies. Je connais le chanteur d'In Extremo, c'est un mec vraiment bien... mais je n'aime vraiment pas leur musique.

RH :Le deuxième single extrait de Reise Reise va donc être « Amerika ». Sera-t-il distribué aux Etats-Unis ? Et si la réponse et « oui », penses-tu que les Américains en saisiront l'humour ?
Richard :
Pour être sincère, je pense qu'en dehors de New York et de Los Angeles, les gens vont prendre ce titre comme anti-Américain (rire niais !). A chaque fois que j'ai passé ce morceau à des amis américains, ils se sont bien marrés. Mais je vis à New York, qui n'est pas vraiment l'Amérique !
Quand même, sortir un titre comme celui-ci, même s'il est rigolo, en pleine période d'antiaméricanisme et à deux mois des élections, c'est tendre le bâton pour se faire battre ! Qu'est ce que nous y pouvons si les gens ne comprennent pas ce que nous voulons dire ! Le monde n'est ni noir ni blanc, il y a des choses extraordinaires qui viennent d'Amérique, d'autres non. Parfois, les USA sont merveilleux, parfois ils sont à chier. En ce moment, ils sont à chier !

RH :Vous jouez encore sur la provocation...
Richard :
Peut-être. Mais c'est une notion très variée et ce qui te parait provocateur ne le sera peut être pas pour moi. Je ne trouve rien de provocateur à dire « Nous vivons tous aux États-Unis ». Mais peut-être suis-je anormal... Cette chanson est humoristique et je pense que tout le monde, à l'exception des Américains, rigolera un bon coup en entendant ce titre. Nous voulons montrer que, finalement, les Allemands ont un peu d'humour !

RH :La structure Rammstein a l'air bétonnée et, selon l'aveu même de votre maison de disques, il est de plus en plus dur de travailler avec vous. Pour preuve, nous n'avons toujours écouté, à un mois de la sortie de Reise Reise, que six titres de l'album ! Votre management n'en ferait-il pas un peu trop ?
Richard :
(Rires) Je comprends Emu, notre manager. Nous vivons une période difficile pour les artistes. Il y a quelques jours, j'ai assisté, à New York, à l'avant-première d'un film - pourri d'ailleurs ! - I Robot. Il y avait, dans la salle, une trentaine de personnes avec des jumelles à infra-rouge. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Etaient-ils en train de pirater le film ? Eh bien non, ils essayaient de repérer CEUX qui auraient pu pirater le film avec un caméscope ! Et ce n'est pas de la paranoïa car si tu te promènes à New York, deux jours après la sortie d'un film, tu peux le trouver en copie DVD, de très mauvaise qualité, mais avec une superbe jaquette, sur n'importe quel trottoir du Village. Je comprends que certains en veuillent à Emu, mais il fait tout ce qui est en son pouvoir pour nous protéger. C'est son travail. Mais il n'est pas si difficile de travailler avec nous : après tout, les six membres du groupe ont tout de même sillonné l'Europe pendant deux semaines pour donner une quantité incroyable d'interviews.

RH : Et qu'en est-il de cette histoire du site www.rammsteinfan.de que vous avez poursuivi alors qu'il agissait paisiblement depuis quatre ans...
richard :
L'histoire, c'est que le webmaster a indiqué des dates de concerts erronées sur son site. Economiquement, pour nous, ça aurait pu être un désastre, les fans auraient pu croire à une tournée fantôme. Nous lui avons expliqué qu'il fallait qu'il change ces dates, mais il a commencé à partir en vrille. Emu a tout voulu faire à l'amiable mais le webmaster a refusé de coopérer et les choses ont pris des proportions énormes quand Emu a envoyé une lettre très formelle de notre avocat. Il ne s'agissait que d'une sorte de mise en garde et, depuis, l'affaire s'est enfin réglée, à l'amiable, car nous n'avons jamais eu l'intention de faire fermer ce site.

RH :Till nous a dit, il y a quelques jours, qu'il aimait beaucoup la France...
Richard
: C'est également mon cas ! C'est amusant d'ailleurs car, depuis quatre ans que je vis à New York, mon meilleur ami est un Français : il s'appelle Arnaud Groux, c'est le bassiste d'Axel Bauer. C'est avec lui que je travaille sur mon projet solo. Et ce que j'aime surtout en France, ce sont les Françaises : elles sont irrésistibles lorsqu'elles parlent anglais avec leur accent français. La dernière fois que nous avons joué en France, j'ai rencontré une fille d'une gentillesse absolue. J'ai parlé très longtemps avec elle, son phrasé était délicieux. Elle s'appelait Lina, je crois. Imprime le car j'ai essayé de la recontacter il y a de cela un mois, mais elle a changé de numéro de téléphone ! Si ça l'intéresse de rediscuter avec moi, qu'elle contacte ton magazine !





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