Chronique Reise Reise
Chronique de l'album Reise Reise par Emmanuel Hennequin pour D-Side n°24 septembre-octobre 2004
Ils l'ont fait. Ils ont dépassé Mutter. Alors que le troisième album de Rammstein avait consacré le potentiel orchestral de son métal, le son mute aujourd'hui vers un ensemble certes respectueux des canons esthétiques à l'allemande (le single "Mein Teil"), mais soucieux d'inventivité. Les trafficotages de guitare du furieux "Keine Lust" contrastent ainsi avec l'acoustique totale de "Los", titre sur lequel Rammstein garde son stoïcisme tout en jonglant avec la... country. Reise Reise est bien l'album d'une remise en question, partielle mais inévitable.
Le groupe serait peut-être mort en accouchant d'un nouveau Mutter. Les voix de Till Lindemann ne quittent certes pas leur assise martiale,et les mélodies restent très directes ("Amerika", métal contestataire). Mais elles s'assoient aussi sur des rythmiques plus complexes ("Morgenstern". La simple ornementation orchestrale des guitares est morte : un ensemble de type inédit, sans doute plus osé ("Dalaï Lama" et ses tournures orientales) voit ainsi l'orchestre non plus "enjoliver" mais bel et bien se fondre au mur du son. Au final, on se dit que le producteur Jacob Hellner a bien du talent, que Rammstein a bien de la réserve et que, du coup, ces formats qu'on imaginait avoir un avenir relatif, imposent,album après album, une musicalité en mouvement. Une musicalité introduite par un premier maxi, "Mein Teil" agrémenté de remixes technoïdes décalés, signés entre autres par Pet Shop Boys.
Alors, si la définition osée d'un métal mainstream progresse bel et bien ave ce single puis Reise Reise, elle fouille aussi et plus avant les entrailles du XXIè siècle.