"Sehnsucht" est une chanson aux images érotiques très claires et très crues. Mais le texte est si admirable que j'ai préféré en faire un commentaire qui ne fait qu'appuyer sur la suggestion et laisser voyager la rêverie sur les mots même du texte, plutôt que de donner un équivalent au niveau du sens à chaque image employée, ce qui aplatirait, à mon sens, beaucoup trop le texte au niveau de sa puissance de suggestion, sans éclairer davantage le sens qui, je pense, n'a pas besoin d'être appuyé davantage pour être compris.
Laisse-moi chevaucher ta larme
Par-dessus ton menton jusqu'en Afrique
Je chevauche ce qu'il y a de plus amer, de plus long à couler, sans fin, pour me diriger vers l'endroit le plus chaud.
De retour dans le giron de la lionne
Où j'étais autrefois chez moi
Dans l'antre de la lionne où régnait une chaleur animale et protectrice.
Entre tes longues jambes
Dans l'endroit le plus chaud, au centre de ton corps où j'étais toujours chez moi.
Je cherche la neige de l'année dernière
Je viens y rechercher la neige que dans notre plaisir nous accumulions toujours ensemble là , il y en avait toujours pour moi.
Mais il n'y a plus de neige là
Pensant la retrouver intacte comme les neiges éternelles.
Laisse-moi chevaucher ta larme
Par-dessus des nuages sans bonheur
Je chevauche la larme par-dessus des nuages qui ne sont pas les nuages du rêve mais ceux de l'amertume.
Le grand oiseau pousse doucement sa tête
Et retourne dans sa cachette
L'oiseau, grandi par le désir,en érection, voudrait retourner dans son nid là où il est caché et protégé dans son nid chaud.
Entre tes longues jambes
Entre tes longues jambes, c'était là mon foyer, mon nid où je pensais toujours pouvoir revenir comme chez moi.
Je cherche le sable de l'année dernière
Je viens y rechercher le sable comme on retrouve toujours le sable chaud d'une plage où l'on s'est laissé aller à la la douceur de vivre l'été d'avant, où l'on peut aussi s'ensevelir ou construire les châteaux du rêve.
Mais il n'y a plus de sable là
Mais cette douceur n'est plus là, il n'y a plus rien pour moi ici, je n'ai plus d'endroit où revenir me cacher.
Le désir se cache
Comme un insecte
Tu ne sens pas dans ton sommeil
Qu'il te pique
Je ne serai heureux nulle part
Le désir se cache, je ne sens pas dans mon sommeil ce désir et cette nostalgie de ce que j'ai déjà perdu.
En me réveillant de mes rêves, l'intensité de ma nostalgie et l'ardeur de mon désir me font prendre conscience que ce que je désire n'est plus là.
Le doigt glisse jusqu'à Mexico
Mon corps continue à chercher, comme un aveugle, un somnambule, il est piqué par le désir et suit ses pas pour retrouver la chaleur, le nid protecteur.
Mais il sombre dans l'océan
Mais ce qu'il trouve, c'est l'immensité de l'océan sans fond, le plaisir froid et terrible parce qu'éphémère, où l'on n'est pas chaudement protégé de toutes parts comme dans un nid ou une antre mais où l'on se perd.
Le désir est si cruel
Chercher sans pouvoir s'arrêter, dans une infinie infinie chevauchée, quelque chose qui est définitivement et cruellement perdu. L'objet devenu inaccessible accroit l'ardeur et l'acharnement de cette quête éperdue vers l'inaccessible permanence.
Le désir (la nostalgie)
Je continuerai à chercher et voyager sans fin , cherchant en vain, dans l'éphémère et l'instable, entre les jambes de la femme, la chaleur maternelle où je croyais être protégé à jamais ...
"Sehnsucht" ou le chemin du retour perdu
Vampirella z
Suggestions de Kyrill:
Par-dessus ton menton jusqu'en Afrique :
Je suis ta larme qui coule sur ton corps, du menton à ton sexe : plus une exploration qu'une possession, dont le manque va pourtant engranger un regret.
De retour dans le giron de la lionne
Où j'étais autrefois chez moi :
Sens de la féminité dans sa globalité -> là où autrefois, j'ai grandi : le ventre de la mère.
La femme dont il parle en particulier -> notion de confort, de sécurité, de chez soi et un animal redoutable : ambivalence du propos.