Christof Schneider a dit, à propos de cette chanson : "Ce morceau a été construit autour de la guerre en Irak ; il aurait pu l'être comme une comédie".
Parallèlement à cette indication, ou s'inscrivant tout à fait dans celle-ci, comme vous le souhaiterez, je propose cette lecture de la chanson :
Proposition de lecture de la chanson selon la grille d'interprétation psychanalytique :
Chanson qui se tisse autour du thème de la pulsion de destruction
"Je veux prendre soin de mes affaires
Réduire le reste en débris et en cendres"
"Je dois détruire
Il faut que je détruise
Mais ça ne doit pas m'appartenir"
La phrase peut paraître déconcertante. Première impression : c’est important que les choses ne deviennent pas miennes en les détruisant. Mais, finalement, ce serait plutôt : je veux détruire, mais uniquement les affaires qui appartiennent aux autres pas les miennes dont au contraire je prends soin.
La pulsion de destruction est uniquement tournée vers l’autre. L’accent est mis sur l’importance du contraste entre le soin que je prends à mes propres affaires et l’envie irrésistible de détruire celles des autres. Il s'agit de rester seul possesseur de tout.
"Je prends vos affaires
Pour les anéantir"
Pourtant, il y a une tentation de posséder, de les faire devenir miennes : les "prendre".
Il semble hésiter entre voler et détruire. Posséder plus ou posséder uniquement ce qui est mien. L’autre resterait plus vivant si je prenais ses affaires. Je ne peux être l'unique possesseur qu'en détruisant l’autre, en détruisant ses affaires, en le volant.
Ne pas demander casser : Je ne demande pas avant de faire. Je ne veux rien devoir à personne. Je nie l’existence de l’autre. Je veux me sentir comme si j’étais seul au monde.
"Et maintenant la discipline reine
Tirer la tête d’une petite poupée"
L'exploit suprême est d’arracher la tête d’une poupée comme on arracherait la tête de la poupée de sa sœur. Rester l’enfant unique en détruisant les jouets et possessions de la sœur. La victoire suprême. Etre seul vainqueur à l’arrivée aux yeux des parents dans la compétition à l’affection entre frères et sœurs. Idée de compétition, de rivalité.
L'accumulation des verbes commençant par -zer et des différentes façons de détruire fait ressortit le côté sportif de cette pulsion. Et donc de compétition et de rivalité qui sont à la base de la pulsion de détruire.
J’existe par ce qui m’appartient, mes affaires sont intactes. L’affection des parents n’est que pour moi seul, je la possède seul. Ils prennent soin uniquement de moi, il n’y a rien pour mes rivaux.
"Briser se venger"
Le sens de rivalité se confirme avec ce dernier vers. Il s’agit de se venger de l’autre qui a cherché aussi à nous détruire, en nous disputant l’affection de l’autre, et d’en sortir gagnant.
"Il croisa une jeune fille qui était aveugle
Partageant sa peine et animée des mêmes sentiments"
Une jeune fille aveugle qui partage la même pulsion que lui. On est aveuglé par la rage. On peut devenir aveugle aussi par autopunition quand on a consommé le complexe d’Œdipe sans en assumer la victoire, si on se réfère la légende du roi Oedipe.
"Il vit une étoile traverser le ciel
Et fit le voeu qu'elle puisse voir"
Il désire que cette jeune fille soit délivrée de sa souffrance à sa place. Qu’elle soit à la fois délivrée de sa pulsion et de son autopunition.
"Elle ouvrit les yeux
Et le quitta la nuit même"
Elle a quitté la nuit qu’elle partageait avec lui et est partie la nuit même où elle ne partageait plus sa pulsion destructrice ne partageant plus rien d’identique avec lui. Elle a quitté l’enfance, c’est elle qui est victorieuse. Quand on a réussi à dépasser cette rivalité avec l’autre, aux yeux de celui dont l'affection est recherchée, pour être soi-même, on accède au vrai âge adulte et à la liberté envers les autres et envers ses pulsions que l'on ne peut retenir et dont nous sommes les esclaves. La jeune fille est libérée de l'esclavage de ses pulsions.
Cette chanson, très violente dans sa plus grande partie, se tisse avec des rythmes et des images, des mots très répétitifs qui renvoient constamment à des symboles analysés par la psychanalyse Cette construction enferme cette variation sur l'expression de la pulsion de destruction dans univers très étouffant.
Toutefois, la chanson s'achève et s'aère dans une complète ouverture vers un univers au registre tout à différent, où affleure une dimension de rédemption, une tonalité renvoyant à un univers onirique, au mythe. Dans cet épilogue les symboles et leurs significations perdent beaucoup de leur stabilité, ce qui allège considérablement, dans un contraste très fort, l'atmosphère étouffante de ce qui a précédé.
La construction musicale est l'image parfaite de cette construction du texte, faisant apparaître le final comme un épilogue tardif, situé sur un autre plan et apportant une lecture, et une écoute, différente de l'ensemble de la chanson.
Vampirella z