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Analyse de la chanson "Hilf mir"


Pour cette chanson , Till Lindemann a adapté l'histoire "Die gar traurige Geschichte mit dem Feuerzeug" (traduction en fin de commentaire) .
Cette histoire se trouve dans Der Struwwelpeter, un album d'histoires illustrées pour les enfants, écrit par un psychiatre, Dr Heinrich Hoffmann (1808- 1894).
Ce psychiatre avait écrit ce livre pour l'offrir à son fils. Il voulait quelque chose de didactique. C'est un recueil d'histoires qui rassemble beaucoup de préceptes que l'on rabâche tout le temps aux enfants, dans le style de : "Te mets pas le doigt dans le nez, dis bonjour à la dame...". Il trouvait que les préceptes n'étaient pas suffisants pour être efficaces, qu'il fallait des images pour que cela s'ancre bien dans l'esprit des enfants.

Les images qui illustrent le recueil sont assez fortes, quelquefois choquantes.
Il y a bien là de quoi séduire Till, dans le genre conte horrifique (cf. "Mein Herz brennt", "Spieluhr").
De plus, écrit par un psychiatre, il regorge d'images à symbolisme psychanalytique, une inspiration féconde dans les chansons de Till Lindemann.

Mais Till a détourné tout ce symbolisme selon son inspiration personnelle et a pris le contrepoint de l'intention didactique du recueil en faisant d'une histoire morale où l'on se lamente sur le pauvre sort de l'enfant punie, une histoire où la petite fille sort glorifiée par la subversion de l'interdit et par la connaissance et la morsure du plaisir.

En transposant l'histoire à la première personne, Till a renforcé la portée du symbolisme psychananlytique et sexuel de l'histoire originale. Il retrouve un thème de prédilection de ses chansons : le feu, l'embrasement par le feu, pour symboliser le plaisir sexuel.
Ainsi transposée, l'histoire fait ressortir la tentation du personnage et ce dont il est question dans cette attirance qui l'amène à braver l'interdit des parents.
A chaque fois qu'il est seul, il est attiré par le feu.
Plaisir solitaire.
L'adulte interdit le feu, le plaisir sexuel. Mais dès que l'on est seul, on veut devenir adulte et faire comme maman "jouer avec le petit bout d'allumette".
Dans l'histoire du Struwwelpeter, les images sont éloquentes : la petite fille est embrasée peu à peu, et prend feu ensuite comme une torche.
Image horrible, mais aussi magnifique d'une petite fille s'embrasant dans le plaisir.

Dans la chanson, le personnage bondit sous la morsure du feu. On retrouve des tourments semblables à ceux infligés par la bête amour dans la chanson "Amour" :
"Il m'attrape je ne me défends pas
Il me saute à la figure avec ses griffes
Il enfonce ses dents c'est très douloureux"


Le personnage "bondit dans tous les sens dans la pièce". Sous l'effet de la douleur. Sous l'effet du plaisir ?
Dans l'histoire du Struwwelpeter, ce sont les chats qui veillent sur la fillette qui appellent à l'aide, gardiens de la morale, ils se demandent où sont les parents, ceux par lesquels devraient être maintenus l'ordre et qui ont failli. Dans la chanson, c'est le personnage, tout à fait seul , sans gardiens, qui demande à l'aide : "aide -moi'". Aide-moi à quoi ? A sortir du feu ou à brûler davantage ? Cela qui renforce l'ambivalence plaisir-douleur et la force de l'interdit jeté aux orties.
Personne n'est là près du personnage pour demander de l'aide, pour pleurer, pour regretter. L'acte est consommé, la personne consumée, sans retour. Consomption pour la gloire du personnage qui s'élève vers le soleil, en opposition au pauvre petit tas de cendres resté su terre, sur lequel on se lamente, dans l'histoire.


Traduction de "Die gar traurige Geschichte mit dem Feuerzeug" du Struwwelpeter

Les parents étaient sortis un jour,
Et avaient laissé Pauline seule à la maison.
Lorsqu'elle entra dans la chambre, sautillant gaiement
Tapant des mains, dansant et chantant,
Elle vit soudain, là, devant elle,
Une boîte d'allumettes, très jolie à regarder,
Et comme lui disaient maman et nounou,
Si elle la touchait, elles la gronderaient ;
Mais Pauline dit: "Oh, quel dommage!
Quand ça brûle, c'est si beau ;
Ca crépite, ça crache, et ça s'enflamme ;
Et Maman en brûle souvent.
Je vais juste gratter une allumette ou deux
Comme quand je vois maman le faire."

Quand Minz et Maunz, les chats, l'entendirent
Ils levèrent leurs pattes pour la menacer.
"Miaou!!" dirent-ils, "Miaou!!
Tes parents te l'ont interdit.
N'y touche pas, sinon tu mourras brûlée"

Mais Pauline ne prêta aucune attention à leurs conseils,
Elle gratta une allumette, la flamme était si claire et si lumineuse!
Ça faisait de jolies flammes, ça crépitait,
Exactement comme elle l'avait vu.
Elle sautait de joie et courait partout,
Et était trop heureuse de la laisser allumée.

Quand Minz et Maunz, les petits chats, la virent,
Ils dirent : "Oh, méchante, méchante fille!"
Et ils sortirent leurs griffes,
Et ils levèrent leurs pattes.
"C'est très très mauvais, tu le sais !
Miaou, miaou, miaou, miaou!!!!
Tu brûleras, si tu le fais,
Ta maman te l'a interdit, tu le sais"

Mais quel malheur !
Le tablier prit feu.
Et brûlèrent aussi ses bras et ses cheveux.
L'enfant brûla toute entière.

Puis les chats se lamentèrent tous deux.
Ils appelaient à l'aide, en vain,
Puis ils crièrent : "Vite, à l'aide !
Qui viendra secourir l'enfant qui brûle entièrement ?"

Alors tout brûla,
Le corps de la pauvre enfant brûla entièrement.
Il ne resta plus qu'un petit tas de cendres
Et ses jolies petites chaussures.

Et les chats restèrent assis là à pleurer.
"Miaou! miaou!
Où sont les pauvres parents?"
Et leurs larmes coulèrent comme un petit ruisseau à travers la prairie.



Vampirella z



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