Cette chanson présente beaucoup de correspondances dans ses thèmes avec la chanson "Dalaï Lama". Les thèmes de l'album Reise Reise s'y trouvent condensés.
Till Lindemann a déclaré s'être inspiré du roman Moby Dick d'Hermann Melville.
Les thèmes de Moby Dick :
- Les rameurs( les marins du roman) fichant leurs lances dans la chair des baleines.
- entrelacés dans la mer, la chair et le sang :
Le capitaine pourchassant la baleine blanche Moby Dick, meurt, finalement, avec elle, chair humaine et chair de poisson entrelacées.
Dans le roman, pour le capitaine, Moby Dick représente le diable, le mal incarné.
Ainsi, dans la chanson, l'homme et le poisson meurent en sombrant dans les profondeurs là où habite l'âme noire.
Les thèmes de l'album Reise Reise :
L'homme est puni quand il tente de se mesurer avec les plus puissants ou d'atteindre l'inaccessible.
Dans Moby Dick, la baleine représente aussi le jugement dernier (voir la prédication au début de roman), celui par lequel viendra la punition et la mort de l'homme :
"Envoûtés, ils fixent la baleine, ils la regardent balancer de droite et de gauche son front, porteur du destin et contemplent le vaste demi-cercle d'écume que son élan soulève devant elle. Elle est la vision même du Jugement dernier, de la vengeance immédiate, de l'éternelle malice devant l'impuissance humaine. "
Il n'y a pas d'espoir, pas d'issue aux aspirations humaines : tout finit par la mort, un piège qui se referme sur lui.
Il n'y a aucune lumière à l'horizon
Reise Reise signifie voyage ,voyage, mais était aussi une expression employée par les pêcheurs pour motiver l'équipe quand elle approchait d'un banc de poisson :en avant !
Ironie du sort, éternelle malice, le voyage en avant est un voyage qui conduit à la nuit sans fin.
Où que l'on aille, vers le haut ( cf "Dalaï Lama", "Rosenrot"), en profondeur ( cf "Reise, Reise", "Rosenrot"), en avant (comme ici, au coeur de l'amour ("Stein um Stein"), le piège se referme sur soi.
Le voyage se fait dans la confrontation violente et dans le sang où nul ne survit. L'homme ne semble pouvoir voyager dans cette vie que par la violence. Il ne sait exprimer son existence qu'en cherchant à dominer, détruire (cf "Wollt Ihr das Bett in Flammen sehen" ). Combat vain où il n'atteint finalement rien et où il est lui-même détruit.
Chacun le fait à sa manière
L'un enfonce son javelot dans un homme
L'autre dans un poisson
Le passage de l'homme laisse derrière lui la douleur et les gémissements : la mer pleure des blessures sacrilèges qui lui sont faites par l'arrogant et minuscule humain :
Et les vagues pleurent doucement
Dans leur sang une lance est fichée
Qui saignent doucement dans la mer
Chairs et sang entrelacés. Destins liés. Mourir par celui que l'on a voulu dominer et détruire. Dans la lutte, les rôles sont renversés, puis confondus. Personne ne gagne. Juste la force maligne du désastre.
Chant de la douleur et de la nuit.
Vampirella z