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Analyse de la chanson "Feuer frei!"


Référents de la chanson :

Cette chanson est une réponse aux attaques dont Rammstein a été l'objet après le massacre du lycée Columbine.

Rappel des faits :
Le matin du 20 avril 1999, Eric Harris et Dylan Klebord, deux étudiants du lycée Columbine à Littleton, (Colorado, USA) ont débarqué dans leur établissement, ont tiré plus de neuf cents balles sur les élèves qu'ils ont croisés, en tuant douze ainsi qu'un professeur, avant de se suicider.

Ils aimaient des groupes comme KMFDM ou Rammstein. Les autorités ont accusé Rammstein d'avoir encouragé la violence chez les deux adolescents.
Le groupe a publié un communiqué de presse pour présenter ses condoléances aux familles. Et a répondu par écrivant cette chanson.


Analyse de la chanson :

La chanson a donc été écrite comme une réponse aux accusations mal fondées et pour désigner un autre responsable pour le massacre au Lycée Columbine : le gouvernement américain qui autorise la libre circulation des armes et permet à de jeunes adolescents de se fournir des armes avec beaucoup de facilité, avec les conséquences désastreuses que cela peut avoir.

Mais la chanson ne se présente pas comme un pamphlet contre le gouvernement, contre la libre circulation des armes.
Elle figure un adolescent en possession d'une arme, du feu. Toute la fascination et les jeux troubles ou destructeurs qui peuvent en découler.
L'image de Rammstein est présente à travers le texte et Rammstein a exploité les ressources visuelles de la chanson pour sa propre image et ses jeux de scène en concert : le groupe déploie tous ses feux pendant cette chanson . Cette chanson en live est celle qui est employée dans la scène où Rammstein apparaît dans le film XXX : l'image de Rammstein jouant avec le feu, fasciné et fascinant par le feu.


Dans le refrain, il y a un jeu de mots sur "frei". "Feuer frei" signifie simplement "feu !" ("libérez le feu"), mais "frei" met l'accent sur la libre circulation des armes à feu et la possession facile, la séduction et les tentations du feu qui sont offertes par là à l'adolescent. La liberté dangereuse.
L'image de l'adolescent encore enfant qui joue à des jeux dangereux avec le feu est accentuée par les bang bang qui ponctuent le refrain.

Le feu est métaphore de l'arme ("je fais feu").
Cette image du feu est déclinée dans des sens multiples : le feu, la flamme ; le feu du désir; "le feu qui brûle l'esprit", la furie, qui embrase l'esprit, trouble et détruit son discernement et le mène à des actes de folie.

Pas de jugement, pas de condamnation, pas une idée et une image faites d'une seule pièce dans cette chanson. Mais des jeux, des réseaux tissés autour de l'image du feu en possession de l'adolescent. L'ensemble prend des aspects mythiques (à rapprocher du mythe de Prométhée qui est châtié pour avoir désiré posséder le feu). Et des aspects initiatiques, dans l'image de l'adolescent qui accède à un élément interdit, réservé jusque-là à l'adulte, dans lequel il cherche la puissance mais qui le détruit (parce qu'il y accède trop tôt ?).

Le mouvement du texte joue des ambivalences : "blâmé", mais aussi "honoré" sera celui qui fera usage du feu. On est détruit par le feu. Les actes de folie auxquels nous conduit son mauvais usage nous condamnent. Mais aussi, on est élevé par cette possession, rendu adulte.
Image d'une ambivalence destructrice de l'adolescence prise en étau entre l'enfance et l'âge adulte.

1ère strophe : Un reste d'enfance : jouer avec le feu ( l'image de Rammstein est très présente ici). " Je lance une flamme dans mon visage"(comme avec un lance -flammes, utilisé par Rammstein sur scène). Ça brûle la peau. Jeux d'auto-destruction de l'adolescent. La puissance que je voudrais acquérir par le feu, je la retourne contre moi et elle me détruit.

2ème strophe : Le feu comme désir et acte sexuel ."Une salve d'étincelles entre ses cuisses". Il y a beaucoup de crudité et de brutalité dans les mots employés en allemand : "Funkenstoß" "stoß" , secousse, poussée.

3ème strophe : Le feu brûle l'esprit. La furie. Dimension mythique de la chanson ici. Résonance avec tous les mythes où l'homme est châtié par les dieux pour avoir voulu se mesurer à lui. Il perd la raison, le discernement, et commet des actes destructeurs qui se retournent contre lui ( les lycéens massacrent leurs camarades puis se suicident ).
"L'enfant brûlé par le feu" : il a connu sa morsure, sa tentation, il en est détruit. Le feu honore mais ravage aussi : il ne reste que cendres, mort. Vous mettez le feu à ma disposition, sans avoir attendu l'heure véritable de mon initiation : je m'initie moi-même en me détruisant.
" Le feu arrache à la vie un cri brûlant", trennt vom Leben : nuance de sens du verbe trennen : découper de la vie, retirer de la vie, comme un pièce d'étoffe. Le feu arrache un morceau de la vie, la mort. L'image du feu est ambivalente : par son déploiement et sa vivacité, elle est l'image de l'énergie, de la vie, de la puissance mais , au terme, le feu réduit tout en cendres.


Pour conclure, je pense donc qu'il ne faut pas prendre la chanson de Rammstein comme un pamphlet. Ce n'est pas leur registre de se situer dans des prises de position rigides, définissables, faciles à cerner, désignant le bien et le mal d'une façon confortable pour tout le monde. Le registre est littéraire. Les images jouent de l'ambivalence, du trouble, du mouvement propre à toute chose sans vouloir le fossiliser.
La réponse à l'accusation mal fondée est prétexte à la chanson. Mais la chanson est surtout l'occasion de tisser de nouveau un réseau très riche d'images ambigües, inconfortables, qui enrichissent l'univers symbolique entourant le groupe.


Vampirella z



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