Rammstein Haus - Fansite Rammstein
 

Analyse de la chanson "Heirate mich"


Cette chanson, par son atmosphère nocturne, la poursuite, la relation vampirique et sur bien d'autres points est à rapprocher de la chanson "Du riechst so gut" dont il constitue souvent un contrepoint
Le personnage nocturne, hanté par le visage de son amante qu'il poursuit comme une victime , redoutant le coq qui annonce le jour, est assez semblable à un vampire.
Ce vampire, affamé par le manque et une possession qui lui échappe toujours, court après des noces funèbres. Interrompues ? Ou s'accomplissant dans un ailleurs ?


Le vampire, être de manque :

Le personnage ne vit plus que pour le désir qu'il a pour celle qui est enterrée près de l'église.
Il est son vampire. Mais elle est aussi son vampire : son souvenir, la nostalgie de sa possession aspirant toute sa vie.
Par la hantise de cet amour, il est réduit à être une ombre rampante, qui se traîne parmi les escargots. Un être gluant qui ne se nourrit que de restes. Il déterre le passé dont il ne reste que des débris pourris.
Il veut fusionner avec le visage souriant du passé, et c'est la pourriture qui lui sourit.
Le jour est éteint, il ne vit que pour la nuit, le visage nocturne, envers du visage autrefois souriant.

Le coq, l'ennemi de la nuit
Il y a peu de couleurs dans cette évocation : tout est sombre, mais seul le coq est rouge.
Ce coq, seule palpitation de la vie dans ce paysage de mort, est pourtant une malédiction : son chant signifie la fin de ce reste de vie vampirique.

"Le coq rouge fut autrefois ton coeur".
"Je lui ai coupé la tête" :
J'ai coupé coupé la tête du coq : le coq est le coeur de la femme aimée , au temps où elle vivait. Dans l'imagerie vampirique de la chanson, couper la tête au coq, c'est comme enfoncer un pieu dans le coeur, ce coeur palpitant qui l'a autrefois aimé, seul reste de vie, souvenir tenace de la vie parmi cette vie nocturne.

"Je lui ai coupé la tête" , à la manière du "Soleil cou coupé" d'Apollinaire..
Le coq signale l'apparition du soleil. Le soleil levant d'une nouvelle vie, soleil levant qui a le cou coupé.
"Je lui ai coupé la tête" : je refuse cette nouvelle vie, je m'attache à l'ancienne, au souvenir, je fusionne avec le manque même, mariage avec les ténèbres, dans les ténèbres.
Ou bien : j'ai coupé la tête de la femme aimée, comme on se débarrasse d'un vampire avec un pieu.
Ou bien : Je l'emmène avec moi dans les ténèbres, le mariage que je ne peux plus faire pendant la vie, je le fais et je le scelle définitivement dans la mort, dans la vie éternelle des vampires, au-delà de la mort.


Rapprochements avec "Du riechst so gut" : "Heirate mich" contrepoint de "DRSG" :

- La folie
"La folie / N'est qu'une mince passerelle /Entre deux rives que sont la raison et l'instinct"
HM : "Le deuil lui a ôté complètement la raison"

- La poursuite
"Je monte après toi"
HM : "Durant le jour, je cours après la nuit"

- Le soleil ennemi :
"La lumière du soleil me trouble l'esprit"
HM : : "Malédiction ! le coq salue le jour / Je lui ai tranché la tête"

- L'être rampant :
"(Comme) un enfant aveugle qui avance en rampant"
HM : "Là, parmi les escargots, (comme) un animal solitaire"

- La présence de l'image parentale dans le désir :
"(Comme) un enfant aveugle qui avance en rampant/ Parce qu'il sent sa mère"
HM : le point de départ pour l'écriture de cette chanson a été la mort du père de Till et sa tombe sur laquelle Till n'est jamais retourné.

Le manque, la faim animale :
"Comme une bête sauvage qui crie parce qu'elle a faim/ Je te renifle à des lieues à la ronde"
HM : "Avec mes mains je creuse profondément / Pour trouver ce qui me manquait tant"

La vie nocturne, la possession de la peau qui ne peut intervenir qu'à la faveur de la nuit :
"J'attends jusqu'à ce qu'il fasse sombre / Pour saisir ta peau moite"
Peau moite et vivante qui sent si bon dans DRSG / peau pourrie des restes dans HM.

- Le désir/ la nostalgie. La possession /Une possession qui échappe.
Diptyque d'un même tableau :
"Maintenant je t'ai"
/ HM : "Je te prends tendrement dans mes bras
Mais ta peau se déchire comme du papier
Et des morceaux tombent de toi
Une seconde fois, tu m'échappes"
"Alors de toi je prends les restes"

- La violence et la peur :
"Ne me trahis pas / Oh, ne vois-tu pas le pont brûler / Arrête de crier et de te débattre / Sinon le pont va s'effondrer"
Dans HM , il n'y a plus de résistance, de cri, c'est le silence. Plus de feu, mais la terre, la cendre. On n'étreint plus que de la pourriture. Il n'y a plus de trahison, mais la peur est toujours là, embrochée sur la clôture, comme inutile, on continue à ramper, à se cacher, par habitude. La violence reste la même.

Heirate mich, contrepoint de Du riechst so gut:
La peau qui sent si bon,/ et la peau qui se déchire comme du papier.


Heirate mich, le mariage avec l'être qui manque toujours : le fantasme originel :

Après quoi court vraiment le personnage ?
Vers l'amour jamais possédé d'une mère qui sentait bon, vers laquelle on rampait, aveugle ?
Vers l'amour d'un père, jamais acquis non plus, dont on a désiré, et obtenu finalement, la mort ? Sans même se retourner, ni même y retourner, sauf la nuit et, en fusion, prenant la place du père mort, permettre le mariage désiré avec la mère, dans une danse macabre sans triomphe ?
Le manque originel que l'on ne peut combler, ni dans la vie ni dans la mort ?

A la poursuite du visage qui me souriait : le premier visage, le visage maternel. C'est le fantasme éternel : Heirate mich, épouse-moi, mère.
Comme dans les rêves, le visage de la mère se transforme en celui du père.
Comme dans les rêves il y a un jeu de dualités et de métamorphoses :
Désir de possession /et désir de mort.
La nuit / et le jour.
Le clocher dans la nuit, comme un glas / et le coq rouge, le coeur palpitant.
Le visage de la vie / et le visage de la mort.
La pierre, la lune, la bouche froide / la nuit chaude



Heirate mich, Noces funèbres... interrompues... ou bien s'accomplissant dans un ailleurs, bien loin du soleil :

Etres rampants que nous sommes, nous ne pouvons assouvir nos fantasmes qu'en rampant dans l'obscurité et en courant vers l'échec, "une seconde fois tu m'échappes".
"Malédiction ! le coq salue le jour" = le réveil, le vampire meurt au lever du soleil, la possession macabre est interrompue par le réveil du cauchemar. La chanson, le rêve se terminent : "je lui ai coupé la tête", mais cette violence peut-elle suffire à empêcher le jour de se lever ?

Ou bien plutôt, tout s'accomplit :
"Je lui ai coupé la tête" (soleil cou coupé) : En coupant la tête au coq, au jour, au coeur autrefois vivant et aimant, j'emmène avec moi, dans les ténèbres, dans l'éternité vampirique, et dans une fusion de pourriture, celle que je ne peux plus posséder pendant le jour, dans la vie, celle qui m'a échappé une première fois dans la mort. Je te possède de nouveau, être de débris, et je t'aime avec ce tout qui te manque. En ce lieu des métamorphoses qu'est la pourriture, métamorphoses de la vie dans la mort, vers une autre forme de vie, pas celle du paradis mais celle du débris, du reste, fusion avec le manque même.
Ou bien : Loin du soleil, du jour, de la réalité, je peux enfin fusionner avec celle que je n'ai jamais pu posséder dans la réalité. En ce lieu de fantasme, le mariage désiré avec la mère peut s'accomplir dans une danse macabre où père, mère et fils fusionnent, Alleluia !
les noces funèbres peuvent s'accomplir dans un ailleurs, un au-delà même de la chanson, là où cela s'interrompt, là où le cou est tranché. L'acte symbolique de trancher le cou à la réalité permet tout.

Vampirella z




Retour vers le haut de page
Rammstein Haus - Tous droits reservés